Le Cameroun, nation unie mais fracturée, se trouve à un carrefour historique. La question d’un retour à un système fédéral divise les esprits, entre espoirs de réconciliation et craintes de nouvelles tensions. Mais cette option, évoquée lors du Dialogue national de 2019, reste-t-elle envisageable aujourd’hui ?
Un système fédéral pour apaiser les tensions
Le conflit dans les régions anglophones du Cameroun a mis en lumière les profondes disparités entre les différentes composantes du pays. Depuis des décennies, les revendications pour une plus grande autonomie se heurtent à la résistance d’un État centralisé. Pourtant, certains y voient une solution pour rétablir la paix.
Un retour à la fédération, comme prévu par la constitution de 1961, pourrait offrir une reconnaissance formelle des spécificités locales. Mais cette approche soulève des questions complexes. Comment concilier unité nationale et autonomie régionale ? Les acteurs politiques camerounais sont-ils prêts à engager un tel processus ?
Les obstacles à un fédéralisme viable
Plusieurs freins rendent cette transition périlleuse. D’abord, l’absence de consensus entre les différentes factions. Les séparatistes, majoritaires dans les zones anglophones, ont boycotté le Dialogue national, privant l’initiative de légitimité. Ensuite, la méfiance persistante envers un système perçu comme un recul de l’autorité centrale.
Le gouvernement, dirigé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, a tenté de rassembler les parties prenantes. Pourtant, les divisions restent profondes. Les partisans du fédéralisme, comme les héritiers d’Ahmadou Ahidjo, s’opposent à ceux qui y voient une menace pour l’intégrité du pays.
Un héritage historique lourd à porter
Le Cameroun a connu une union fédérale entre 1961 et 1972, avant son unification sous un régime unitaire. Ce changement, initié par Paul Biya, avait alors été présenté comme une modernisation. Aujourd’hui, certains estiment qu’un retour en arrière pourrait être interprété comme un aveu d’échec.
Cependant, pour d’autres, la rigidité du système actuel a aggravé les frustrations. Les inégalités économiques et politiques entre le Nord et le Sud, ou entre les régions francophones et anglophones, alimentent les tensions. Une refonte constitutionnelle pourrait-elle inverser cette dynamique ?
Les scénarios possibles pour l’avenir
Plusieurs pistes se dessinent. Une approche progressive, avec une décentralisation renforcée, pourrait être un compromis acceptable. D’autres évoquent une refonte complète de la gouvernance, intégrant des mécanismes de consultation régionale.
Mais le temps presse. Les violences dans les zones anglophones persistent, et l’impatience de la population grandit. Sans une solution rapide, le risque d’une fragmentation durable du pays s’accroît.
Pour les observateurs, la question n’est plus de savoir si le Cameroun peut redevenir une fédération, mais comment y parvenir sans déclencher de nouvelles crises.
