Le Mali franchit une étape majeure dans sa stratégie de défense et de sécurité avec une refonte complète de son architecture institutionnelle. Après plus de deux décennies sous l’empire de la loi de 2004, un nouveau cadre légal est en passe d’être adopté pour intégrer les enjeux contemporains, notamment la cybersécurité et la gestion des crises multidimensionnelles.
Ce projet de loi, validé en juillet 2026 par les 125 membres du Conseil national de Transition (CNT), marque un tournant dans l’organisation des forces de sécurité. Il vise à remplacer l’ancienne loi n°04-051 du 23 novembre 2004, jugée obsolète face à l’évolution des menaces et des défis sécuritaires. Le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général Daoud Aly Mohammedine, a souligné devant les conseillers l’importance d’une réforme inclusive, fruit d’une concertation avec l’ensemble des acteurs du secteur.
L’architecture de 2004, bien que centrée sur la défense, intégrait déjà des dimensions comme la sécurité intérieure et la participation des collectivités locales. Cependant, son cadre rigide peinaient à s’adapter aux réalités d’un pays confronté à des menaces transfrontalières et à des défis technologiques croissants. La nouvelle loi redéfinit ainsi les rôles et les responsabilités, tout en renforçant la coordination entre les différentes entités.
Une réforme centrée sur la sécurité globale et l’efficacité opérationnelle
Le texte ne se contente pas de réorganiser les structures existantes : il les élargit pour y intégrer des domaines jusqu’alors négligés. La cybersécurité et la gestion des crises deviennent des piliers centraux de la stratégie nationale. Pour y parvenir, le Conseil de sécurité nationale et le Comité de défense nationale remplacent les anciennes instances, offrant une meilleure lisibilité et une coordination renforcée sous l’autorité directe du Chef de l’État.
Un autre axe fort de cette réforme réside dans l’unification du commandement opérationnel. Désormais, le Chef d’État-major général des Armées concentre l’autorité décisionnelle en cas de crise majeure ou d’attaque, permettant une réponse plus rapide et plus coordonnée. Cette centralisation ne signifie pas une militarisation permanente des forces de sécurité intérieure, comme la Police nationale ou la Protection civile, désormais militarisées depuis 2022. Leur statut facilite leur intégration dans des dispositifs communs tout en préservant leurs missions traditionnelles de sécurité publique et d’assistance.
Le ministre a également mis en avant trois priorités pour concrétiser cette réforme : le renforcement de l’Administration territoriale, l’implication des leaders locaux dans la lutte antiterroriste et l’accélération des recrutements ainsi que de l’équipement des forces. Le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation se voit confier un rôle central dans la coordination des services déconcentrés, l’implication des collectivités et la mobilisation des populations. L’objectif ? Créer un maillage territorial efficace, capable de faire remonter les alertes sans transformer les citoyens en acteurs armés.
Cybersécurité : un pilier stratégique pour l’État
La réforme s’accompagne d’une avancée majeure dans le domaine de la cybersécurité. En juin 2026, le gouvernement a officialisé la création de l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI), prévue par la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030. Cette agence a pour mission de coordonner la réponse aux cyberattaques et de protéger les infrastructures critiques du pays. La cyberdéfense est désormais érigée au rang de priorité stratégique, aux côtés de la défense conventionnelle.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte où les menaces numériques deviennent aussi critiques que les menaces physiques. L’ANSSI devra collaborer étroitement avec les ministères, les entreprises et les collectivités pour garantir la résilience des systèmes d’information nationaux.
Par ailleurs, la réforme s’articule avec des initiatives concrètes sur le terrain. Le programme de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR-I) illustre cette volonté d’intégration. Le 4 août 2026, 254 ex-combattants issus de divers groupes armés ont été formés et intégrés aux Forces armées à Soufouroulaye. À terme, 2 000 anciens combattants devraient rejoindre les rangs militaires, tandis que 1 000 autres bénéficieront de programmes de réinsertion socio-économique. Bien que ce dispositif ne découle pas directement de la nouvelle loi, il impose une collaboration étroite entre la Défense, la Sécurité, les autorités locales et les acteurs de la réconciliation.
Des défis opérationnels à relever pour une mise en œuvre réussie
La réussite de cette réforme dépendra avant tout de sa mise en pratique. Les textes d’application, la fluidité des échanges de renseignements, les moyens alloués aux collectivités et les compétences en cybersécurité seront déterminants. La rapidité des décisions, la coordination sur le terrain et la confiance entre les institutions, les forces de sécurité et les populations seront les véritables indicateurs de son efficacité.
En consolidant cette nouvelle architecture, le Mali cherche à renforcer sa résilience face aux défis multidimensionnels qui le menacent. L’enjeu est de taille : transformer une loi en un outil opérationnel, capable de protéger les citoyens et de garantir la stabilité du pays dans un environnement sécuritaire complexe.
