Gabon : un huissier de justice propose un inventaire national du patrimoine pour une gouvernance renforcée

Face aux récentes révélations concernant des biens immobiliers de l’État dont les loyers seraient indûment perçus par des particuliers, le débat public s’intensifie au Gabon. Dans ce contexte, Maître Axel Foumane Dounga, huissier de justice officiant près les juridictions de Libreville, met en lumière une solution structurelle. Pour cet officier public ministériel, l’heure est venue d’initier un inventaire exhaustif du patrimoine public. Il détaille pourquoi les huissiers de justice sont idéalement positionnés pour jouer un rôle clé dans cette démarche visant à sécuriser les actifs de l’État.

Les informations circulant, qu’elles soient pleinement avérées ou en attente de vérifications, ont le mérite d’exposer une problématique fondamentale : la connaissance imparfaite du patrimoine national. Il est impossible d’administrer, de préserver ou de valoriser efficacement des biens si l’on ne dispose pas d’un inventaire fiable, régulièrement mis à jour et juridiquement inattaquable.

Au-delà de l’émoi suscité par ces découvertes, cette situation représente une opportunité unique d’engager une réforme profonde de la gestion des propriétés publiques au Gabon.

Pourquoi un inventaire national est-il indispensable aujourd’hui ?

Un État moderne se doit de connaître avec précision l’intégralité de ses possessions, qu’elles soient mobilières ou immobilières. Un tel inventaire permettrait d’identifier chaque bien, d’en vérifier le statut juridique, de contrôler son affectation, son occupation et, le cas échéant, les revenus qu’il génère. Il s’agit avant tout d’un instrument essentiel de bonne gouvernance. Sans un état des lieux précis, il devient ardu de déceler les occupations illégales, les détournements ou les manques à gagner résultant d’une gestion déficiente du patrimoine public.

Le rôle crucial des huissiers de justice dans cette opération

Les huissiers de justice sont des officiers publics ministériels dont la mission première est l’authentification. Notre profession est spécifiquement habilitée à constater des faits de manière impartiale et à leur conférer une force probante. Dans le cadre d’un inventaire national, le recours aux huissiers de justice apporterait plusieurs garanties fondamentales : la neutralité des constats, une description minutieuse des biens, leur localisation exacte, l’identification formelle des occupants éventuels et l’établissement de procès-verbaux dotés d’une véritable valeur juridique. En d’autres termes, il ne s’agirait pas d’un simple recensement administratif, mais d’un inventaire opposable, sécurisé et pleinement exploitable devant toutes les instances judiciaires.

Les objectifs concrets de cet inventaire du patrimoine

Les objectifs sont multiples et ambitieux. Il s’agirait, en premier lieu, d’identifier avec exactitude tous les biens appartenant à l’État gabonais, puis de vérifier leur situation juridique ainsi que leur mode d’exploitation. Cet exercice permettrait également de déceler d’éventuelles occupations sans titre ou des appropriations indues. L’ambition est aussi de renforcer la transparence dans la gestion du patrimoine public, d’améliorer la gouvernance et, surtout, de préserver les ressources de l’État au bénéfice de l’ensemble des Gabonais.

Un levier puissant pour la lutte contre la corruption

Absolument. Une maîtrise parfaite du patrimoine public constitue un levier majeur de prévention des détournements et des conflits d’intérêts. Lorsqu’un patrimoine est clairement identifié, localisé et documenté, les opportunités d’appropriation irrégulière se réduisent drastiquement. C’est également un formidable outil d’aide à la décision pour les pouvoirs publics, qui pourront ainsi mieux valoriser les biens de l’État, optimiser leur exploitation ou décider de leur affectation en toute connaissance de cause.

Un appel aux autorités pour une priorité nationale

J’adresse un appel respectueux au Président de la République afin que cette opération d’inventaire devienne une priorité nationale. Nous vivons une période où les exigences de transparence, de bonne gouvernance et de responsabilité sont particulièrement vives. Il me semble essentiel que le Gabon se dote d’une cartographie exhaustive de son patrimoine public. On ne protège efficacement que ce que l’on connaît parfaitement. Cet inventaire constituerait un héritage précieux pour les générations futures et un signal fort en faveur d’une gestion moderne et responsable des biens de la Nation.