Endettement public au Burkina Faso : 4 000 milliards FCFA de plus, ce que disent vraiment les chiffres

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Les comptes publics burkinabè affichent un niveau d’endettement inédit. À fin mars 2026, l’encours de la dette de l’administration centrale du Burkina Faso atteignait 8 731,5 milliards de FCFA, contre 4 765,45 milliards à fin décembre 2020. En un peu plus de cinq ans, la dette publique a donc progressé de près de 4 000 milliards de FCFA, alors que l’exécutif d’Ibrahim Traoré revendique une rupture assumée avec les pratiques d’endettement du passé.

Une trajectoire budgétaire qui s’écarte de la doctrine affichée

Le discours est connu et répété : le Burkina Faso devrait compter sur ses propres forces, sans recourir à l’emprunt pour financer son développement. Moins de dépendance extérieure, plus de souveraineté économique, un financement du développement adossé aux ressources nationales. Telle est la ligne revendiquée.

Les données officielles du Trésor burkinabè racontent toutefois une autre histoire. Derrière les déclarations politiques, la réalité comptable s’impose, année après année :

  • Fin décembre 2020 : 4 765,45 milliards de FCFA d’encours de dette de l’administration centrale.
  • Fin décembre 2021 : environ 6 107 milliards de FCFA.
  • Fin décembre 2025 : 8 692,67 milliards de FCFA.
  • Fin mars 2026 : 8 731,5 milliards de FCFA.

La progression est donc continue. En l’espace de quelques exercices, le pays est passé d’un encours inférieur à 5 000 milliards de FCFA à plus de 8 700 milliards. Un chiffre qui, à lui seul, résume l’ampleur du basculement.

Emprunter n’est pas fauter : la vraie question est ailleurs

Il serait injuste de réduire le débat à la seule existence de la dette. Un État peut légitimement emprunter pour bâtir des infrastructures, soutenir l’investissement, absorber un choc sécuritaire ou maintenir ses dépenses lorsque ses recettes ne suffisent pas. L’endettement n’est pas, en soi, un indicateur de mauvaise gestion.

L’interrogation pertinente porte donc sur trois points précis : la destination des nouveaux emprunts, leur coût réel et la capacité future de remboursement qu’ils génèrent.

Près de 60 % de la dette contractée sur le marché intérieur

La structure de l’encours mérite une attention particulière. À fin 2025, la dette intérieure représentait environ 60 % de la dette de l’administration centrale, soit près de 5 196 milliards de FCFA, principalement sous forme de Bons et d’Obligations du Trésor.

Cette configuration n’est pas neutre. Le financement intérieur a un coût : il faut rembourser le principal, mais aussi acquitter les intérêts. Un poids qui pèse directement sur les marges budgétaires de l’État.

Un service de la dette en hausse de 31,5 % sur un an

La charge devient tangible dans les chiffres. Au premier trimestre 2026, le service de la dette s’élevait déjà à 407,1 milliards de FCFA, soit une progression de 31,5 % sur un an. Autrement dit, une part croissante des ressources publiques est absorbée par le remboursement, avant même de financer les politiques publiques.

La souveraineté financière ne se décrète pas, elle se mesure

Défendre une politique de souveraineté économique est un choix politique respectable. Mais la souveraineté ne se réduit ni au refus de certains partenaires, ni aux déclarations d’indépendance financière.

Elle se mesure à la capacité d’un État à accroître durablement ses recettes, à maîtriser ses dépenses, à financer ses investissements et à contenir le poids du service de la dette. Le Burkina Faso dispose de ressources minières significatives, au premier rang desquelles l’or. La présence de ces gisements ne garantit pourtant pas à l’État les liquidités nécessaires pour couvrir l’ensemble de ses ambitions sans emprunter.

Le débat gagnerait donc à être déplacé. L’enjeu n’est pas de proclamer que le pays n’empruntera pas, mais de démontrer que chaque franc emprunté génère suffisamment de valeur pour justifier son coût.

Risque modéré selon le Fonds monétaire international, mais des fragilités réelles

Le Fonds monétaire international, dans son analyse publiée en 2026, classe le Burkina Faso à un niveau de risque modéré de surendettement et juge la dette soutenable à moyen terme. L’institution identifie néanmoins plusieurs points de vulnérabilité : le risque lié au refinancement de la dette intérieure, la dépendance aux recettes d’exportation de l’or et la situation sécuritaire.

Présenter mécaniquement cette hausse comme la preuve d’une insolvabilité du pays serait donc excessif. Les données disponibles ne permettent pas d’aboutir à une telle conclusion. Il serait tout aussi difficile d’affirmer que le Burkina Faso s’est développé ces dernières années sans un recours important à l’endettement.

Les réponses que l’exécutif devra apporter

Le gouvernement peut légitimement mettre en avant ses investissements, son effort militaire, ses infrastructures ou ses politiques sociales. Ces dépenses doivent toutefois être confrontées à l’évolution de la dette.

La question demeure simple dans sa formulation, mais lourde sur les plans politique et économique : si le Burkina Faso n’a pas besoin d’emprunter pour se construire, comment expliquer que sa dette publique ait augmenté de plusieurs milliers de milliards de FCFA en quelques années ?

C’est sur cet écart apparent entre le discours de souveraineté financière et la trajectoire des comptes publics que l’exécutif devra fournir des réponses précises : quel montant a été emprunté, auprès de quels bailleurs, à quel taux, pour financer quels projets et avec quels résultats mesurables pour la population ?

En matière de finances publiques, les slogans peuvent séduire. Les chiffres, eux, restent à expliquer.

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