Burkina Faso : 65 % du territoire hors de contrôle, l’aveu de Simporé qui contredit le récit officiel

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Le général de division Célestin Simporé, ministre de la Défense, a pris la parole sur le plateau de la RTB pour défendre le bilan sécuritaire du capitaine Ibrahim Traoré. Son angle : l’armée burkinabè aurait été historiquement « mal formée ». Une explication commode, que les réalités du front contredisent point par point.

Un plaidoyer télévisé aussitôt démenti par le terrain

Sur la chaîne nationale, le ministre a répété que les forces armées manquaient, avant l’arrivée de la transition, d’instruction tactique et de préparation opérationnelle. Le raisonnement tient en une phrase : les revers d’aujourd’hui ne seraient que la facture des carences d’hier.

La question que se pose désormais l’opinion est plus gênante : si cette armée d’autrefois était aussi défaillante, comment parvenait-elle à contenir l’adversaire avec davantage d’efficacité que la « nouvelle armée », réentraînée par Moscou et dotée de milliards en équipements ?

Le passé militaire érigé en bouc émissaire

Les faits, eux, restent têtus. Sous les régimes précédents, malgré des moyens matériels notoirement insuffisants et des fragilités structurelles bien réelles, l’appareil militaire tenait le maillage des chefs-lieux de province et préservait des lignes de défense territoriales lisibles.

30 Bataillons créés, 65 % du territoire hors de contrôle

Aujourd’hui, la transition revendique la création de plus de 30 nouveaux bataillons et la remise de l’instruction militaire au cœur de son action. Dans le même temps, le contrôle effectif de l’État s’est effondré sur plus de 65 % du territoire national.

Africa Corps : une doctrine d’instruction à contre-emploi

Pour remplacer l’ancien modèle de formation, le pouvoir d’Ibrahim Traoré a misé sur les soldats russes d’Africa Corps. Le résultat de cette remise à niveau apparaît surtout sur la courbe de la létalité.

Des pertes humaines sans précédent

  • Les hécatombes se multiplient : de la tragédie de Mansila aux revers récents dans le Centre-Nord, les unités formées dans l’urgence paient un tribut de sang inégalé.
  • La guerre asymétrique reste une impasse : une instruction fondée sur la puissance de feu frontale et la brutalité se révèle inopérante face à des groupes armés terroristes (GAT) mobiles, opérant en petites colonnes de motos et recourant aux engins explosifs improvisés.
  • Le lien avec les populations s’est rompu : en sacrifiant le renseignement de contact et la déontologie militaire au profit d’une logique de terre brûlée, la nouvelle doctrine a éloigné les habitants des campagnes, privant les soldats de leur meilleur rempart contre l’infiltration : l’information citoyenne.

« Mal formés » : l’outrage aux soldats tombés

Affirmer à la télévision que les troupes étaient « mal formées » revient à insulter la mémoire des milliers de soldats et de gendarmes tués au combat depuis dix ans. Avec des équipements rudimentaires et des rations comptées, ces hommes ont tenu le front face à une menace encore naissante, sans jamais abandonner des régions entières — ce que l’on présente aujourd’hui comme des « évacuations tactiques », à l’image du drame de Boussouma.

Deux ans après : l’aveu d’une impuissance

L’argument avancé par le général Simporé sur la RTB ne convainc pas. Deux ans après la prise totale du pouvoir par le capitaine Traoré, imputer la faute à la formation d’hier revient à reconnaître son propre échec. Le problème ne tient pas à la valeur des armes d’autrefois, mais à une stratégie qui s’écroule aujourd’hui sous le poids de son propre récit.

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