Tchad abandonne la cour pénale internationale pour des raisons de justice inégale

Afrique

Tchad : pourquoi N’Djamena tourne le dos à la Cour pénale internationale

Le gouvernement tchadien justifie son retrait par une efficacité jugée insuffisante et inégale de l’institution, malgré les pressions américaines.

à N’Djamena

Le gouvernement tchadien a officialisé sa sortie de la Cour pénale internationale (CPI) le 27 juillet 2026, critiquant ouvertement son bilan « limité et déséquilibré ». Dans un communiqué signé par le porte-parole de l’exécutif, N’Djamena dénonce une institution dont l’action reste concentrée sur le continent africain, avec des résultats jugés trop inégaux.

« Depuis sa création en 2002, la CPI n’a ouvert que treize enquêtes, dont neuf visent des pays africains. Pire : quatre autres concernent d’autres régions du monde, mais sans aucune avancée concrète », a souligné le porte-parole, pointant du doigt un manque de résultats tangibles. À ce jour, seulement sept personnes sont détenues par la Cour, dont six sont impliquées dans des affaires africaines.

Une décision influencée par Washington

La volte-face tchadienne intervient après une sollicitation directe des États-Unis. Jeudi, le sous-secrétaire d’État américain aux Affaires africaines a contacté son homologue tchadien pour l’encourager à réévaluer son appartenance au Statut de Rome, base juridique de la CPI.

« Les États-Unis ont partagé leurs réserves quant au fonctionnement de la Cour et demandé un réexamen de cette adhésion », précise le compte-rendu de l’échange. Pourtant, le ministre tchadien des Affaires étrangères, Abdoulaye Sabre Fadoul, a rapidement démenti toute influence américaine dans cette décision : « Notre retrait n’est pas une réponse aux pressions étrangères. »

Un retrait controversé au moment opportun

Cette annonce survient alors que le Tchad est lui-même sous le feu des projecteurs. L’armée soudanaise et plusieurs organisations non gouvernementales l’accusent de faciliter l’acheminement d’armes en provenance des Émirats arabes unis vers les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire engagé dans un conflit fratricide au Soudan depuis avril 2023.

« Ce retrait menace gravement les efforts juridiques en cours, comme le dépôt de plaintes pour complicité de crimes internationaux, notamment liées à l’approvisionnement en armes des FSR », alerte l’avocat français Vincent Brengarth, spécialiste du droit humanitaire. Les deux camps du conflit soudanais sont régulièrement pointés du doigt pour des exactions comme les frappes aveugles sur des zones civiles.

« En quittant la CPI, le Tchad affaiblit davantage le système international de justice pénale, laissant craindre une impunité accrue pour les pires criminels », ajoute-t-il. À peine 24 heures après l’annonce tchadienne, le Venezuela a, lui aussi, annoncé son départ de la Cour, invoquant un prétendu « déséquilibre géographique » ayant selon lui favorisé certains continents au détriment d’autres.