Mali : Bamako respire, mais le Centre s’enfonce dans l’insécurité
Alors que la capitale malienne connaît une embellie logistique inédite, le reste du pays reste embourbé dans une spirale de violences. Deux convois majeurs ont permis à Bamako de retrouver un souffle, mais le Centre, lui, subit de plein fouet l’étau du terrorisme. Entre avancées tactiques et revers stratégiques, la situation au Mali reste contrastée, voire paradoxale.
Bamako : un répit logistique salvateur
Une accalmie inattendue a traversé Bamako à la fin du mois de juillet. Deux convois, l’un civil, l’autre militaire, ont réussi à franchir les obstacles sécuritaires pour atteindre la capitale. Une prouesse qui a permis de desserrer la pression sur les approvisionnements, alors que les incertitudes pesaient lourdement sur l’économie et la stabilité de la ville.
Le 24 juillet, un convoi exceptionnel de camions-citernes a pénétré dans Bamako après un périple risqué à travers la région de Kayes. Ces véhicules transportaient un carburant vital, leur traversée réussie sans incident marquant un coup dur porté aux ambitions du JNIM dans la région. Une victoire tactique qui a rassuré les autorités sur la pérennité des infrastructures maliennes.
Le lendemain, un convoi militaire d’une ampleur inédite a franchi la frontière malienne en provenance directe de Russie. Parti du port de Lomé au Togo, ce transport a emprunté un itinéraire audacieux via le Burkina Faso avant d’atteindre Bamako par Sikasso. Ce corridor ouest-africain, nouvellement opérationnel, a livré un arsenal conséquent : véhicules blindés, systèmes de défense antiaérienne, et équipements logistiques. Un renforcement des capacités qui vise à consolider la défense de la capitale et à soutenir les opérations des Forces armées maliennes (FAMa) aux côtés de leurs alliés russes.
Le Centre-Mali : un champ de bataille sans répit
Si Bamako respire, le Centre du Mali, lui, étouffe sous la pression des groupes armés. La route nationale 16 (RN16), artère vitale reliant Mopti à Gao, est devenue un véritable piège pour les convois militaires. Entre Hombori et Agoufou, les engins explosifs improvisés (IED) ciblent systématiquement les colonnes logistiques, infligeant des pertes matérielles et humaines aux FAMa et à leurs partenaires.
Les 25 et 26 juillet, un convoi FAMa / Africa Corps a essuyé une série d’attaques coordonnées dans cette zone. Plusieurs véhicules ont été détruits ou endommagés, révélant la vulnérabilité des axes routiers face à la maîtrise territoriale du JNIM. Les jihadistes ont également mené d’autres offensives, comme une embuscade entre Niafunké et Tonka, ou une contre-attaque au nord de Niono, forçant les forces régulières à reculer.
Le drame de Kouakourou illustre l’urgence humanitaire qui frappe le Centre. Le 19 juillet, le camp militaire local tombait aux mains du JNIM, marquant un revers stratégique pour l’État malien. Malgré des frappes aériennes massives menées par l’armée malienne le 21 juillet, la ville reste sous contrôle terroriste. Les frappes ont neutralisé quelques éléments ennemis, mais aucune opération terrestre n’a pu être engagée pour reprendre la localité, faute de moyens et de sécurité.
L’exode forcé des populations civiles
Face à l’absence de protection et à la montée des violences, des milliers d’habitants de Kouakourou ont fui leurs foyers, abandonnant cultures et biens. Cet exode massif aggrave la crise des déplacés internes dans la région de Mopti, mettant à l’épreuve les capacités d’accueil déjà saturées des communes voisines. La situation humanitaire se dégrade, et l’incapacité à reconquérir le terrain laisse les civils sans défense face à l’avancée jihadiste.
Un équilibre précaire entre espoirs et défis
Le Mali se trouve aujourd’hui à un carrefour stratégique. D’un côté, les nouvelles alliances logistiques et l’arrivée de matériel militaire lourd offrent un espoir de stabilisation pour Bamako et ses environs. De l’autre, la guerre asymétrique menée par le JNIM continue de morceler le territoire, de fragiliser les axes secondaires et de plonger les zones rurales dans le chaos.
Les prochaines semaines seront décisives : les livraisons logistiques parviendront-elles à inverser la tendance sur le terrain ? Les FAMa et Africa Corps pourront-ils transformer ces renforts en victoires territoriales durables, ou bien le Centre restera-t-il un bastion perdu face à l’insurrection ? Une chose est sûre : la bataille est loin d’être gagnée, et chaque jour compte.
