Répression croissante contre société civile au Mali

Le Mali face à une vague de dissolutions d’associations et de répression politique

Au Mali, les autorités multiplient les mesures répressives envers la société civile, comme en témoigne la récente dissolution de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM). Ce geste s’inscrit dans une stratégie plus large visant à limiter les libertés fondamentales, notamment la liberté d’association et d’expression.

Selon le ministre de l’Administration territoriale, l’AEEM aurait été impliquée dans des violences et affrontements au sein des établissements scolaires et universitaires. Par ailleurs, des membres de cette association auraient été arrêtés entre 2017 et 2018 en possession d’armes, de stupéfiants et de sommes d’argent injustifiées, renforçant les accusations portées contre elle.

Une série de dissolutions ciblant les voix critiques

L’AEEM n’est que la quatrième organisation dissoute en moins de quatre mois. Voici les autres cas emblématiques :

  • 6 mars 2024 : Dissolution de la Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko (CMAS), accusée de déstabilisation et de menace pour la sécurité publique. Cette organisation réclamait un retour à un régime démocratique civil via des élections présidentielles.
  • 28 février 2024 : Dissolution de l’organisation politique Kaoural Renouveau, pour propos diffamatoires et subversifs à l’encontre de la junte militaire.
  • 20 décembre 2023 : Dissolution de l’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance, une ONG évaluant la transparence des scrutins. Son président était accusé d’énoncer des déclarations troublant l’ordre public.

Un recul des libertés depuis le coup d’État de 2021

Depuis le coup d’État de 2021 qui a porté le colonel Assimi Goïta au pouvoir, le Mali connaît un resserrement significatif de l’espace civique. Les autorités répriment désormais non seulement les mouvements contestataires pacifiques, mais aussi l’opposition politique et les médias indépendants. Récemment, le colonel Alpha Yaya Sangaré, un lanceur d’alerte issu des forces de sécurité, a été fait disparaître de force après la publication d’un livre dénonçant les exactions de l’armée malienne.

La Commission nationale des droits de l’homme du Mali (CNDH) a tiré la sonnette d’alarme, soulignant les menaces graves sur les droits civiques et politiques, en particulier la liberté d’association. Elle dénonce une tendance systémique à dissoudre ou suspendre des partis politiques et des associations. Le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Seif Magango, a également exprimé ses préoccupations face à cette escalade.

Un appel à la restauration des libertés fondamentales

Avec près de trois ans de gouvernement non élu à la tête du pays, l’espace civique et politique au Mali est aujourd’hui plus restreint que jamais. Les organisations de la société civile, les médias et les citoyens voient leurs libertés réduites à néant. Il est urgent que les autorités maliennes rétablissent les associations dissoutes et s’engagent à respecter les droits et libertés fondamentaux de tous les Maliens.