Réforme du pastef bloquée au Sénégal : sonko face à un tournant politique

réforme du pastef bloquée au Sénégal : sonko face à un tournant politique

Ousmane Sonko après sa nomination au poste de Premier ministre.

Le Conseil constitutionnel du Sénégal a marqué un coup d’arrêt décisif hier à la réforme institutionnelle portée par la majorité parlementaire du Pastef. L’instance suprême a jugé le texte contraire à la Constitution, infligeant un revers politique à Ousmane Sonko et à ses alliés. Ce projet, présenté comme un rééquilibrage des pouvoirs entre les institutions, se heurtait à des obstacles juridiques majeurs.

Saisi par le président Bassirou Diomaye Faye lui-même, le Conseil a pointé deux irrégularités majeures : l’absence de financement dédié à la future Cour constitutionnelle prévue par la réforme, ainsi qu’un non-respect des procédures parlementaires lors de l’examen des amendements gouvernementaux. Ces manquements ont scellé le sort du texte.

Sénégal, Mbour, 2024 | Meeting de campagne de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

une décision aux répercussions politiques

L’annulation de cette réforme fragilise la position d’Ousmane Sonko, dont les ambitions de révision constitutionnelle s’effondrent. L’ex-députée Adji Diarra Mergane Kanouté, présidente de la coalition Ensemble Demain et dirigeante du parti USD/A, analyse la situation avec prudence :

« Certes, le Conseil constitutionnel a rejeté le texte, mais cela n’empêche pas l’Assemblée nationale de relancer une nouvelle révision, à condition de respecter strictement les procédures. La proposition de loi prévoyait notamment la création d’une Cour constitutionnelle et l’organisation d’élections, des mesures nécessitant des recettes compensatoires conformes à l’article 82, alinéa 2 de la Constitution. De plus, le Conseil a pointé du doigt le refus de l’Assemblée d’appliquer la procédure de vote bloqué à la demande du gouvernement, en violation de l’article 82, alinéa 4. Cette décision renforce la légitimité des institutions et rappelle que même une majorité doit composer avec les règles démocratiques. »

Le texte controversé prévoyait notamment le renforcement des enquêtes parlementaires, permettant aux députés d’accéder à des informations sensibles sur les contrats d’exploitation des ressources naturelles. Une disposition qui aurait étendu leurs prérogatives de contrôle, mais qui se heurte désormais à l’avis du Conseil.

réactions et tensions au sommet de l’État

Les réactions n’ont pas tardé. Ousmane Sonko a reconnu publiquement la décision du Conseil constitutionnel dans un message diffusé sur les réseaux sociaux. De son côté, la coalition présidentielle met en avant le bon fonctionnement des institutions et la nécessité de poursuivre le dialogue autour des réformes.

Dr. Binette Ndiaye, coordinatrice du Forum Citoyen, salue cette décision :

« En tant que membre de la société civile, je considère cette initiative comme une avancée majeure. Initialement, le processus manquait d’inclusivité et de consensus. Il semblait que seul un parti politique tentait de modifier des dispositions constitutionnelles sans concertation préalable. Aujourd’hui, le Conseil constitutionnel rappelle que nous vivons dans une République où la majorité doit composer avec les avis de tous. C’est une leçon de démocratie. »

un climat politique sous haute tension

Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. Exclu de la Primature en mai, Sonko avait ensuite pris la présidence de l’Assemblée nationale, mais les divergences avec le chef de l’État s’affichent désormais au grand jour. Mardi encore, il évoquait une situation de « cohabitation » avec le président.

Pour les observateurs, cette invalidation marque un nouveau chapitre dans la rivalité qui s’installe au sommet du pouvoir sénégalais. Un épisode qui pourrait redéfinir durablement l’équilibre politique du pays.