Le Burkina Faso traverse une nouvelle phase d’incertitude judiciaire concernant l’affaire Norbert Zongo. Plus de vingt-sept ans après les faits, un pourvoi en cassation vient de repousser une fois de plus la tenue du procès, alors que la chambre de l’instruction avait confirmé le renvoi des mis en examen devant une juridiction.
Un recours juridique qui relance l’attente
Le 31 juillet 2026, Me Paul Kéré, avocat de Yaro Banagoulo, a introduit un pourvoi en cassation contre l’arrêt rendu la veille par la chambre de l’instruction de Ouagadougou. Cette décision, rendue publique le 13 août 2026, intervient alors que la justice burkinabè semblait sur le point d’ouvrir enfin les débats.
Les accusés maintenus en attente
Le procureur général de la Cour d’appel de Ouagadougou rappelle que la chambre de l’instruction avait confirmé, le 30 juillet 2026, le renvoi devant le tribunal de trois personnes :
- Wanga Christophe Combasséré, poursuivi pour assassinat et destruction volontaire aggravée de biens ;
- Yaro Banagoulo, visé pour complicité d’assassinat et de destruction volontaire aggravée de biens ;
- Paul François Compaoré, accusé d’incitation à la commission d’un assassinat.
Ce nouveau rebondissement ouvre une nouvelle étape procédurale, repoussant d’autant plus l’échéance d’un procès dont les familles des victimes et la société civile burkinabè attendent la tenue depuis des décennies.
Un dossier chargé de symboles
Le meurtre de Norbert Zongo, journaliste et directeur de l’hebdomadaire L’Indépendant, ainsi que de ses trois compagnons, s’est produit le 13 décembre 1998 sur la route de Sapouy, au sud de Ouagadougou. À l’époque, il enquêtait sur la mort de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, frère du président Blaise Compaoré. Pour beaucoup, ce lien révèle la dimension politique de ce dossier judiciaire.
L’affaire dépasse largement le cadre judiciaire : elle incarne la lutte contre l’impunité au Burkina Faso et le combat pour la liberté de la presse. Après des années d’atermoiements, un non-lieu confirmé en 2006 avait provoqué une vague d’indignation parmi la famille Zongo, les défenseurs des droits humains et une partie de la société civile. C’est finalement sous la pression de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, qui avait pointé les dysfonctionnements de la justice nationale, que les investigations avaient repris en 2015.
Une justice déterminée à aboutir
Malgré ces délais, le procureur général assure que les autorités judiciaires s’engagent à mener ce dossier à son terme « dans les meilleurs délais, en respectant scrupuleusement les procédures légales ». Cette promesse intervient alors que l’opinion publique et les observateurs internationaux restent attentifs à l’évolution de cette affaire emblématique.
Plus de vingt-sept ans après les faits, l’affaire Norbert Zongo reste un symbole persistant des défis que rencontre le Burkina Faso dans sa quête de justice et de transparence, tout en illustrant les tensions entre pouvoir politique et liberté de la presse dans le pays.
