Le président camerounais Paul Biya, doyen des dirigeants africains, vient de procéder à un vaste remaniement au sein de l’armée. Cette décision intervient dans un contexte de mécontentement croissant lié à son absence prolongée du Cameroun, où il séjourne en Suisse depuis plus de deux mois.

Des nominations stratégiques en période d’incertitude
Parmi les mesures prises, le chef de l’État a promu cinq colonels au grade de général de brigade et nommé plusieurs responsables à des postes clés de l’institution militaire. Ces changements s’ajoutent à une série de remaniements récents, notamment après le coup d’État au Gabon voisin en 2023, qui avait provoqué une onde de choc régionale.
Les spécialistes soulignent que ces ajustements ne sont pas une nouveauté dans la gouvernance de Biya, surtout lorsque la pression politique ou l’instabilité perçue s’intensifient. « Ces mouvements au sein de l’armée reflètent souvent une volonté de renforcer le contrôle institutionnel », analyse un observateur politique basé à Yaoundé.
Une absence qui nourrit les spéculations
Depuis son départ pour Genève le 7 juin dernier, le président Biya n’a pas quitté la Suisse. Son équipe a qualifié ce séjour de « bref séjour privé », sans préciser de date de retour. Pourtant, cette absence prolongée de près de 60 jours suscite de vives interrogations parmi la population et les observateurs.
Plusieurs décrets signés depuis Genève ont été publiés, dont certains autorisant le gouvernement à contracter des prêts auprès d’institutions financières internationales. Une situation qui alimente les rumeurs sur son état de santé, malgré les démentis officiels. « Le gouvernement assure que le président travaille depuis la Suisse et qu’il reviendra bientôt », a déclaré le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi.
Un vide institutionnel dénoncé par l’opposition
Les partis d’opposition, comme le CRM, dénoncent un « vide institutionnel flagrant » au sommet de l’État. Mamadou Mota, vice-président du CRM, a déclaré : « Le pouvoir exécutif se doit d’être exercé sur le territoire national, et non à distance depuis des hôtels étrangers ».
Le poste de vice-président, créé en avril 2026, reste toujours vacant. Une promesse électorale non tenue par Biya après son huitième mandat controversé. Par ailleurs, les médias camerounais se voient interdits de traiter de l’état de santé du président depuis deux ans, une décision qui avait suscité l’indignation des défenseurs de la liberté de la presse.
Une situation qui interroge la stabilité du pays
Alors que le Cameroun fait face à des défis sécuritaires et économiques, l’absence du président Biya à un moment aussi critique soulève des questions sur la gouvernance du pays. Les remaniements militaires pourraient-ils suffire à rassurer la population et les partenaires internationaux ? La réponse reste incertaine dans un contexte où l’opacité domine.
