Le Cameroun attend le retour prochain de son président, Paul Biya, après une nouvelle absence prolongée à l’étranger. À 91 ans, le chef de l’État camerounais, doyen des dirigeants africains en activité, suscite à chaque déplacement des interrogations sur son état de santé et la stabilité de l’exécutif. Son cabinet a confirmé cette rentrée prochaine à Yaoundé, une annonce destinée à apaiser les spéculations récurrentes.
Les autorités cherchent à couper court aux rumeurs persistantes, notamment celles évoquant une possible vacance du pouvoir. Pourtant, malgré les assurances officielles, le mystère entoure toujours la capacité du président à diriger le pays depuis la distance. Son absence prolongée, souvent accompagnée d’un silence médiatique, alimente les doutes sur le fonctionnement réel de l’appareil d’État.
Une gouvernance à distance qui fragilise l’État
Depuis novembre 1982, Paul Biya a imposé un système politique ultra-centralisé, où les décisions majeures émanent directement de lui. Ses absences répétées soulèvent une question cruciale : comment fonctionne le Cameroun lorsque son leader est physiquement éloigné ? Les Conseils des ministres se font rares, les interventions publiques du président se comptent sur les doigts d’une main chaque année, et les grandes orientations se matérialisent souvent par des décrets signés à distance.
Cette gouvernance intermittente exacerbe les tensions au sein de la classe politique. L’opposition, menée par des figures comme Maurice Kamto du MRC, exige des clarifications sur la capacité effective de Paul Biya à exercer ses fonctions. À l’inverse, le RDPC, parti au pouvoir, défend mordicus la thèse d’un président pleinement opérationnel, malgré les signes de fatigue apparents.
2025 Approche : un scrutin sous haute surveillance
L’annonce du retour de Paul Biya survient alors que le Cameroun se prépare pour l’élection présidentielle de 2025. Ce scrutin pourrait sceller l’avenir politique du pays, avec une question centrale : le président sortant briguera-t-il un huitième mandat ? Ni le RDPC ni le principal intéressé n’ont encore tranché, entretenant un flou stratégique qui fige le paysage politique national.
Parallèlement, le Cameroun affronte des défis majeurs. La croissance, estimée à 4 % par les institutions financières, reste insuffisante pour répondre aux besoins d’une population jeune et en expansion. Les crises persistantes dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la menace terroriste de Boko Haram dans l’Extrême-Nord et les tensions intercommunautaires compliquent davantage la tâche du gouvernement.
Les partenaires internationaux en alerte
Pour les alliés du Cameroun, comme la France, la Chine ou les États-Unis, la stabilité de Yaoundé est un enjeu stratégique. Le pays, positionné entre l’Afrique centrale et le golfe de Guinée, joue un rôle clé grâce à son secteur pétrolier et son rôle logistique pour les États enclavés voisins, tels que le Tchad ou la République centrafricaine. Toute incertitude prolongée sur la gouvernance camerounaise est perçue comme un risque pour la région.
Du côté des acteurs économiques locaux, l’attente des décisions présidentielles ralentit les projets structurants, notamment dans les télécommunications, les infrastructures et les hydrocarbures. Pourtant, l’administration camerounaise, habituée à cette forme de gouvernance depuis plus de quarante ans, continue de fonctionner par inertie, sans rupture visible.
Le retour annoncé de Paul Biya ne marque donc pas le début d’une nouvelle ère politique, mais plutôt un retour à la normale. À Yaoundé comme à l’international, tous les regards sont désormais tournés vers le calendrier des prochaines semaines pour vérifier si les actes confirmeront les déclarations officielles.
