Pascal tigri : le Niger détient-il la clé de son possible exile ?

Écouter la lecture⏱ ~6 min

Un témoignage nigérien qui bouleverse l’enquête sur Pascal Tigri

Et si le Niger possédait des éléments capitaux pour résoudre l’affaire Pascal Tigri ? La diffusion d’un témoignage choc de l’inspecteur nigérien Habibou Oumarou Mamane, alias « Le Rebelle », sur les écrans de la Radio Télévision du Niger (RTN) le 23 octobre 2026, relance brutalement les spéculations. Ce haut fonctionnaire de police y expose des pistes précises concernant la recherche du colonel Tigri, figure centrale de la tentative de coup d’État au Bénin en décembre 2025. Mais au-delà des déclarations solennelles, que valent réellement ces affirmations et quel poids leur accorder dans une enquête aussi sensible que celle-ci ?

Une chronologie des échanges et des promesses financières

Habibou Oumarou Mamane décrit devant la caméra une série d’échanges débutés le 27 février 2026. Selon son récit, il aurait été contacté par des intermédiaires se réclamant des services béninois, avec pour mission de localiser Pascal Tigri sur le territoire nigérien. L’inspecteur évoque une enveloppe de cinq millions de francs CFA, dont deux millions auraient été versés en liquide au grand marché de Niamey le 9 mars 2026. Plusieurs noms sont cités : Moumouni, Zakou, un certain « David », ainsi que l’officier béninois Ilou. Des rencontres à Malanville et des promesses de rémunérations complémentaires, de passeports diplomatiques ou encore de postes de chargés de mission complètent ce tableau.

Si ces détails donnent l’impression d’une narration maîtrisée, ils soulèvent cependant des questions cruciales. Comment vérifier l’authenticité de chaque échange ? L’identité des personnes mentionnées est-elle exacte ? Ces déclarations émanent-elles réellement d’autorités béninoises reconnues, ou s’agit-il d’initiatives individuelles non validées ? Autant de points qui restent en suspens et qui nécessitent des éléments tangibles pour être confirmés.

Exfiltration ou simple recherche ? La nuance qui change tout

Le témoin emploie le terme d’« exfiltration », un mot lourd de sens qui suggère une opération organisée pour faire sortir clandestinement Pascal Tigri du territoire nigérien. Pourtant, cette formulation ne suffit pas à prouver qu’une telle initiative a été décidée ou même envisagée par les autorités béninoises. Il est essentiel de distinguer ici les allégations rapportées des actes officiellement constatés.

La recherche d’un fugitif soupçonné de participation à une tentative de prise de pouvoir est une démarche sécuritaire légitime pour tout État. Localiser un suspect, collecter des renseignements ou engager des procédures judiciaires sont des actions distinctes d’une opération clandestine. Si la présence de Pascal Tigri au Niger était avérée, les autorités béninoises pourraient alors solliciter une entraide judiciaire ou une extradition, dans le respect des procédures légales et de la souveraineté nigérienne.

Pourquoi une diffusion télévisée d’un témoignage aussi sensible ?

Le choix de rendre public ce témoignage sur une chaîne nationale nigérienne interroge. Une médiatisation de cette envergure peut éclairer une affaire d’intérêt régional, mais elle ne remplace pas une enquête rigoureuse ni la présentation de preuves vérifiables. Dans un contexte où les relations entre Niamey et Cotonou sont déjà tendues, une telle exposition médiatique risque de laisser place aux interprétations et aux spéculations plutôt qu’à une clarification objective.

Les autorités nigériennes ont-elles cherché à informer l’opinion publique d’éléments utiles à l’enquête ? Ont-elles souhaité répondre à des accusations préalables ou transmettre un message politique ? Sans éléments concrets permettant de trancher, aucune hypothèse ne peut être considérée comme acquise. De plus, l’absence de réaction béninoise immédiate après cette diffusion ne permet ni de confirmer ni d’infirmer les dires de l’inspecteur.

Coopération régionale : entre intérêts nationaux et exigences judiciaires

L’affaire Pascal Tigri dépasse désormais la simple question de la localisation d’un fugitif. Elle révèle les défis auxquels sont confrontés les États voisins lorsqu’une crise sécuritaire intérieure prend une dimension internationale. La coopération entre services de renseignement et autorités judiciaires devient un enjeu majeur, surtout si des individus recherchés pour des actes graves se trouvent effectivement sur un territoire voisin.

Pour le Bénin comme pour le Niger, l’impératif est de privilégier les faits aux rumeurs. Les noms cités, les sommes évoquées, les instructions présumées et les circonstances des rencontres méritent d’être soumis à une vérification indépendante et transparente. En l’absence de preuves tangibles, le témoignage de Habibou Oumarou Mamane, aussi détaillé soit-il, ne peut clore le dossier. Il relance simplement la piste nigérienne, sans pour autant apporter de réponse définitive.

La crédibilité de cette affaire ne reposera pas sur la mise en scène télévisée, mais sur la capacité des acteurs concernés à produire des éléments probants et à recourir aux voies judiciaires et diplomatiques appropriées. Dans une région déjà marquée par des tensions, la prudence et la rigueur doivent primer pour éviter que cette crise ne s’envenime davantage.

More From Author

Régime de tiani au Niger : le mirage d’une rupture avec l’ère bazoum sous le poids des réalités

Le Niger doit-il organiser un référendum avant l’arrivée des troupes algériennes ?