Panafricanisme moderne : kemi seba incarne-t-il vraiment cette idéologie ?

panafricanisme moderne : kemi seba incarne-t-il vraiment cette idéologie ?

Kémi Séba devant un tribunal

Kémi Séba en audience à Johannesburg, avril dernier.

Alors que la justice sud-africaine doit bientôt trancher sur le sort de Kémi Séba, arrêté en avril au Bénin pour des accusations de haute trahison, l’écrivain Venance Konan s’interroge : cet activiste, star des réseaux sociaux avec plus d’un million et demi d’abonnés, est-il l’héritier légitime du panafricanisme ? Une question qui invite à explorer les racines et les déclinaisons contemporaines de ce mouvement historique.

En attendant la décision des autorités judiciaires de Pretoria, un fait interpelle : comment expliquer la présence de Kémi Séba, figure médiatique du panafricanisme, aux côtés d’un militant suprémaciste blanc sud-africain, François Van der Merwe, nostalgique de l’apartheid ? Accompagné de son fils et arrêté alors qu’il tentait de rejoindre frauduleusement le Zimbabwé, Kémi Séba est également poursuivi au Bénin pour « apologie de crime contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion ». Une affaire qui soulève des interrogations sur ses réelles motivations.

Des positions radicales et controversées

Président de l’ONG « Urgences panafricanistes », Kémi Séba est surtout connu pour son activisme anti-français, anti-franc CFA et ses propos antisémites. Ces prises de position lui ont valu la perte de sa nationalité française, acquise par sa naissance en France. Ses interventions publiques, souvent virulentes, visent autant la présence française en Afrique que les institutions africaines jugées complaisantes. Pourtant, ses alliances avec des figures extrémistes et ses tentatives d’infiltration au Zimbabwé semblent éloigner son action du panafricanisme traditionnel, fondé sur l’unité et la solidarité des peuples africains.

panafricanisme et alliances géopolitiques ambiguës

Kémi Séba, tout comme Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb, incarne une nouvelle génération de militants panafricanistes. Ces trois voix, parmi les plus influentes des réseaux sociaux en Afrique francophone, se distinguent par leur opposition frontale à l’influence française sur le continent. Cependant, leurs engagements soulèvent des questions : en se rapprochant de la Russie et en soutenant les régimes putschistes de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), ne trahissent-ils pas l’idéal panafricaniste au profit d’intérêts géopolitiques étrangers ?

Retour aux sources : le panafricanisme historique

Le panafricanisme, né au début du XXe siècle dans les milieux intellectuels noirs américains et caribéens, s’est imposé comme un mouvement politique majeur pour l’émancipation et l’unification des peuples africains. Des figures emblématiques comme Kwame Nkrumah (Ghana), Sékou Touré (Guinée) ou Patrice Lumumba (Congo) ont porté cette idéologie, jouant un rôle clé dans les luttes anticoloniales. En France, la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) a incarné cette dynamique en militant pour la décolonisation et l’unité africaine, malgré les représailles des autorités françaises.

Les indépendances des années 1950-1960 furent perçues comme des victoires du panafricanisme, avec la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963. Pourtant, les divisions internes, les sécessions (comme au Biafra ou en Casamance), et l’échec des tentatives d’intégration économique (comme le NEPAD) ont affaibli cette vision unificatrice. En 2002, l’idée d’une Afrique unifiée fut relancée sous l’impulsion de Mouammar Kadhafi, mais son assassinat en 2011 et l’échec politique qui suivit ont mis un terme à ce projet.

panafricanisme et réalités contemporaines : entre discours et actions

Aujourd’hui, le panafricanisme est souvent invoqué comme une évidence politique. Des dirigeants comme Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire ou le parti au pouvoir au Sénégal se revendiquent de cette idéologie. Pourtant, dans les faits, les tensions persistent entre les pays africains : chasse aux migrants africains en Afrique du Sud, rivalités entre le Sahel et la CEDEAO, ou encore conflits frontaliers. Ces contradictions remettent en cause l’effectivité du panafricanisme sur le continent.

Un panafricanisme dévoyé ?

Kémi Séba, Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb sont aujourd’hui les visages les plus médiatisés du panafricanisme. Tous trois, bien que persécutés selon eux pour leurs combats contre l’Occident, semblent avoir troqué l’idéal panafricaniste contre un soutien inconditionnel à la Russie et aux régimes autoritaires de l’AES. Faut-il y voir une liberation ou une nouvelle forme d’asservissement ? Les exactions commises par les supplétifs russes au Sahel et la répression des opposants par les juntes militaires ne devraient-ils pas interroger ces militants ?

Selon des révélations, Kémi Séba aurait même regretté la perte de sa nationalité française, qualifiant Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb d’« opportunistes » à la solde du Togo. Ces révélations, couplées à ses alliances controversées, donnent à voir un panafricanisme dévoyé, où l’idéologie se transforme en outil de propagande géopolitique. Pourtant, face aux défis mondiaux actuels, l’Afrique n’a d’autre choix que de s’unir pour survivre. Le vrai panafricanisme ne devrait-il pas émerger de cette urgence collective ?

Conclusion : vers une renaissance panafricaniste ?

Le panafricanisme, tel qu’incarné par Kémi Séba et ses pairs, semble aujourd’hui plus proche de l’escroquerie politique que de l’idéal unificateur originel. Pourtant, dans un monde marqué par les prédations et les conflits, l’Afrique n’a pas d’autre choix que de se réapproprier cette idéologie pour se libérer véritablement. Reste à savoir si les dirigeants et militants actuels sauront incarner cette renaissance, ou s’ils continueront à instrumentaliser le panafricanisme au service d’intérêts étrangers.