Niger : défis et solutions pour vacciner contre rougeole et méningite

Niger : défis et solutions pour vacciner contre rougeole et méningite

Les épidémies de méningite C et de rougeole ont marqué le Niger ces dernières années, malgré l’existence de vaccins. Miriam Alía, responsable de la vaccination et de la réponse aux épidémies chez Médecins Sans Frontières, analyse les causes de ces fléaux et les solutions envisagées pour les endiguer.

pourquoi ces épidémies persistent-elles malgré les vaccins ?

Plusieurs facteurs expliquent la résurgence de ces maladies au Niger. La méningite C, par exemple, touche une région souvent appelée la ceinture de la méningite en Afrique. Pourtant, aucun vaccin abordable et efficace ne couvre tous les sérogroupes de cette maladie. De plus, la production mondiale de vaccins est limitée, en raison du désintérêt des laboratoires pharmaceutiques pour ces marchés à faible rentabilité.

Quant à la rougeole, malgré un vaccin disponible depuis 1974 et intégré aux programmes de vaccination systématique, la couverture vaccinale reste insuffisante. Pour stopper la propagation de la rougeole, il faudrait que 95 % de la population soit vaccinée. Une cible difficile à atteindre dans un pays où une grande partie de la population vit dans des zones reculées ou en situation de conflit.

méningite C : une pénurie de vaccins qui freine la prévention

Le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins a tenté d’établir un stock minimum de cinq millions de doses pour le sérogroupe C. Cependant, cet objectif n’a pas été atteint en raison des contraintes de production. Résultat : les campagnes de vaccination ne sont lancées qu’une fois le seuil épidémique franchi, et non en amont pour éviter la propagation.

Une étude publiée en 2018 dans PLOS Medicine a montré qu’une stratégie alternative, consistant à administrer de la ciprofloxacine à l’ensemble des habitants d’une zone rurale, réduit significativement la transmission de la maladie. Cette méthode pourrait être un outil complémentaire pour lutter contre les petites épidémies, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour valider son efficacité en milieu urbain.

une campagne de vaccination efficace au Niger

Face à la menace, Médecins Sans Frontières (MSF) a collaboré avec le ministère de la Santé pour vacciner plus de 30 000 personnes contre la méningite C dans la région de Tahoua. Cependant, l’apparition de cas du sérogroupe X, pour lequel aucun vaccin n’existe encore, soulève des inquiétudes pour l’avenir.

rougeole : un calendrier vaccinal trop rigide

Le calendrier vaccinal nigérien impose une vaccination des enfants jusqu’à 23 mois, mais les vaccins fournis par GAVI ne couvrent que les moins de 12 mois. Résultat : les enfants de plus d’un an ne sont pas vaccinés, et les rappels ne sont pas systématiques. De plus, les populations nomades ou vivant dans des zones en conflit ont un accès limité aux centres de santé.

Pour améliorer la couverture vaccinale, plusieurs pistes sont envisagées :

  • Rendre le calendrier plus flexible, en le prolongeant jusqu’à 5 ans ;
  • Mettre à jour le carnet de vaccination à chaque contact avec le système de santé ;
  • Organiser des campagnes de vaccination multiantigéniques pour protéger contre plusieurs maladies simultanément.

Par exemple, lors d’une campagne contre la rougeole à Arlit (Agadez), MSF a profité pour administrer le vaccin pentavalent et antipneumococcique aux enfants de moins d’un an.

des solutions pour une couverture vaccinale optimale

Pour maximiser l’impact des campagnes de vaccination, il est essentiel de saisir chaque opportunité. Par exemple, le vaccin contre le tétanos est proposé aux femmes enceintes ou en âge de procréer, même si elles ne peuvent pas recevoir les cinq doses recommandées. Cette approche permet de protéger les mères et leurs nouveau-nés.

Depuis 2018, MSF, en collaboration avec le ministère de la Santé, a vacciné plus de 179 460 personnes au Niger :

  • 145 843 enfants âgés de 6 mois à 15 ans contre la rougeole dans neuf centres de santé des régions de Tahoua et d’Agadez ;
  • 33 620 personnes âgées de 2 à 29 ans contre la méningite C dans trois centres de santé de la région de Tahoua ;
  • Une campagne en cours à Arlit (Agadez) vise à vacciner plus de 50 000 enfants de moins de 5 ans, dont ceux de moins d’un an recevront le vaccin pentavalent et antipneumococcique.

Ces actions illustrent l’importance d’adapter les stratégies vaccinales aux réalités locales pour mieux protéger les populations vulnérables.