Un nouveau chapitre judiciaire s’est écrit à Bamako. Mohamed Youssouf Bathily, célèbre sous le pseudonyme de Ras Bath, et l’influenceuse Rokia Doumbia, surnommée Rose « la vie chère », ont été sanctionnés par un tribunal de la capitale malienne. La sentence prononcée est de dix ans de réclusion, dont trois avec sursis, ce qui équivaut à sept années d’emprisonnement ferme.
Les accusations retenues contre le chroniqueur radio et la militante de la cause anti-vie chère sont « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État ». Cette lourde peine semble la conséquence directe de leurs critiques incessantes envers le gouvernement de transition malien, actuellement sous la direction du général Assimi Goïta.
La répression des voix dissidentes au Mali s’intensifie
Ce jugement ne constitue pas un événement isolé, mais s’inscrit plutôt dans une série de mesures répressives systématiques observées au Mali. Dans ce contexte, toute expression d’opinion divergente semble inévitablement conduire à des conséquences judiciaires, souvent synonymes de détention :
- Climat d’intimidation pour les acteurs politiques : Des figures comme Étienne Fakaba Sissoko, économiste reconnu et ex-conseiller présidentiel, purgent actuellement une peine d’emprisonnement ferme. Son tort ? Avoir publié un livre analysant de manière critique la gestion de la période de transition au Mali. Auparavant, l’ancien ministre de la Justice, Malick Coulibaly, ainsi que plusieurs leaders de l’opposition politique, ont également été confrontés à des poursuites judiciaires ou des arrestations considérées comme arbitraires.
- Pression sur les acteurs de la société civile et les activistes : Clément Dembélé, connu pour son engagement dans la lutte anticorruption au Mali, a lui aussi été placé en détention après avoir exprimé des doutes sur les orientations stratégiques du gouvernement. Par ailleurs, de nombreux activistes présents sur les réseaux sociaux ont vu leurs plateformes numériques désactivées ou leurs libertés entravées, simplement pour avoir partagé des commentaires sur la conjoncture sécuritaire ou économique du Mali.
- Restrictions sévères sur la presse et les médias : Les journalistes maliens exerçant leur profession sont confrontés à des menaces persistantes d’arrestation ou de suspension de leurs émissions. Simultanément, plusieurs médias internationaux de renom demeurent interdits d’accès sur le territoire malien, renforçant le contrôle de l’information.
La démocratie muselée au nom du discours officiel
Le collectif d’avocats défendant Ras Bath et Rose « la vie chère » perçoit ce jugement comme une preuve de l’utilisation du système judiciaire malien à des fins de répression, visant à réduire au silence toute discussion citoyenne. Bien que la défense ait promptement fait part de son intention de saisir la Cour suprême, l’analyse de la situation reste préoccupante : au Mali, critiquer l’inflation ou la gestion militaire du pays semble désormais être assimilé à une infraction d’État.
