Bénin : une loi des finances rectificative 2026 adoptée à l’unanimité par les députés
Porto-Novo, 19 juin 2026 — L’Assemblée nationale du Bénin a marqué une étape décisive en adoptant, à l’unanimité des voix, la loi des finances rectificative pour l’exercice 2026. Ce texte, voté en séance plénière au Palais des gouverneurs, ajuste le budget initial à la hausse de 8 %, le portant à 4 148 milliards de francs CFA, contre les 3 700 milliards initialement prévus.

Cette révision budgétaire s’inscrit dans une volonté de renforcer les moyens alloués aux nouveaux ministères et de répondre aux priorités sociales et économiques du pays. Le président Patrice Talon, qui a lancé son second mandat en début d’année, voit ainsi ses premières orientations stratégiques se concrétiser.
Un budget révisé pour soutenir la croissance et les secteurs clés
Le gouvernement maintient un taux de croissance économique ambitieux de 7,5 %, en droite ligne avec les performances économiques enregistrées ces dix dernières années au Bénin. Le déficit budgétaire global est établi à 487 milliards de francs CFA, soit 3,1 % du PIB, un niveau jugé compatible avec les engagements du Bénin au sein de l’UEMOA.
Parmi les principaux ajustements, on note une hausse de 8,5 % des dépenses en capital, atteignant 1 572 milliards de francs CFA en autorisations d’engagement. Les dépenses ordinaires des ministères s’élèvent quant à elles à 1 777 milliards de francs CFA, tandis que le plafond des emplois rémunérés par l’État reste fixé à 102 740 équivalents temps plein.
Des investissements ciblés pour renforcer l’économie et les services publics
Le collectif budgétaire 2026 s’articule autour de trois axes majeurs :
- Renforcement des infrastructures : les fonds alloués aux nouveaux ministères et aux projets de restructuration visent à moderniser les services publics et à soutenir les secteurs productifs.
- Soutien aux secteurs sociaux : priorité est donnée à l’accès aux services de base, avec des mesures concrètes pour améliorer le pouvoir d’achat et l’inclusion.
- Modernisation fiscale : des réformes structurelles sont introduites pour dynamiser l’économie et renforcer la transparence.
Des mesures sociales renforcées pour améliorer le quotidien des Béninois
Le texte place les questions sociales au cœur de ses priorités, avec plusieurs mesures phares :
- Gratuité scolaire : généralisation de la gratuité des frais de scolarité pour les filles dans le secondaire général.
- Accès aux services de base : extension des programmes de raccordement en électricité et en eau potable aux centres de santé, ainsi que la prise en charge des urgences vitales sans prépaiement.
- Soutien à l’agriculture : 90 milliards de francs CFA de subventions agricoles sont prévus pour soutenir les producteurs et renforcer la sécurité alimentaire.
- Protection des populations vulnérables : renforcement du filet social de proximité et attention particulière portée aux enfants en situation de rue, notamment dans les zones septentrionales et frontalières.
Une fiscalité modernisée pour dynamiser l’économie
Le gouvernement introduce plusieurs réformes fiscales afin de moderniser le système et d’inciter à l’investissement :
- Taxation des bénéfices non distribués : les entreprises qui n’auraient pas réinvesti leurs bénéfices dans les trois ans suivant leur réalisation seront imposées. Un taux réduit de 7,5 % s’appliquera aux régularisations avant fin 2026, puis le taux de droit commun sera appliqué, assorti de pénalités.
- Extension de la retenue à la source : les plateformes numériques (hébergement, ventes en ligne, transferts d’argent) entrent dans le champ de cette obligation pour les opérateurs concernés.
- Imposition des plus-values : les plus-values réalisées sur la cession de valeurs mobilières d’entreprises béninoises deviennent imposables, quel que soit le lieu de résidence du cédant.
- Simplification des procédures fiscales : réduction des délais de vérification fiscale sur place de trois à deux mois pour les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel est inférieur à deux milliards de francs CFA. La dématérialisation des avis de vérification et des actes de procédure est désormais pleinement effective.
Ces mesures s’accompagnent d’un seul amendement, proposé par le député Gérard Benoshi, visant à renforcer la cohérence des dispositions relatives à la dématérialisation. Le ministère de l’Économie et des Finances a donné un avis favorable à cette initiative.
Un assainissement des comptes publics et une meilleure gestion des fonds
La loi procède à un assainissement des comptes d’affectation spéciale du Trésor, avec la suppression de trois fonds :
- Le Fonds de modernisation des régies financières
- Le Fonds de développement des arts et de la culture
- Le Fonds de développement du sport
Les soldes disponibles de ces fonds seront reversés au budget général. Par ailleurs, le compte « Prévention et gestion des catastrophes » est renommé « Prévention, gestion des catastrophes et vulnérabilité » et sera alimenté, dès 2026, par 56,2 % des redevances en matière de téléphonie mobile.
Les critères de répartition des concours financiers de l’État aux collectivités territoriales intègrent désormais une dimension « adaptation et atténuation aux effets des changements climatiques », reflétant une approche plus globale et responsable.
Un Conseil économique et social vigilant et des débats parlementaires efficaces
Le Conseil économique et social (CES) a été consulté conformément aux dispositions constitutionnelles et a émis un avis favorable, tout en formulant quatorze recommandations. Parmi les principales suggestions :
- Définir un plan de retour du déficit sous la barre des 3 % du PIB d’ici 2027-2029.
- Publier des rapports semestriels sur la viabilité de la dette publique.
- Mettre en place une traçabilité numérique géolocalisée pour les subventions agricoles.
- Organiser des revues semestrielles d’exécution budgétaire en présence du CES et de la Cour des comptes.
Les débats en plénière ont été rapides et consensuels. Les deux groupes parlementaires, le Bloc républicain et l’Union progressiste le renouveau, ont chacun limité leurs interventions à quinze minutes. Les députés des deux bords ont globalement salué la continuité de la trajectoire économique engagée sous la présidence de Patrice Talon, tout en appelant à une vigilance accrue dans l’exécution des dépenses et le contrôle des mesures sociales.
La commission des finances a transmis quatre recommandations à l’exécutif :
- Assurer le suivi des enfants en situation de rue, avec une priorité donnée aux zones nord et frontalières.
- Clarifier et vulgariser le programme de prise en charge des urgences vitales.
- Étendre les mesures sociales scolaires aux œuvres universitaires.
- Garantir une répartition équitable des investissements sur l’ensemble du territoire national.
Cette loi des finances rectificative 2026, adoptée à l’unanimité, marque une étape importante dans la gestion budgétaire du Bénin. Elle reflète une volonté forte de modernisation, d’inclusion sociale et de transparence, tout en posant les bases d’une croissance durable et partagée.
