Avec ses navires-centrales flottantes, le groupe Karpowership s’impose désormais comme un acteur incontournable du paysage énergétique gabonais. Son directeur au Gabon, Evans Damada, révèle que ses deux unités amarrées au large de Libreville et de Port-Gentil injectent actuellement 150 mégawatts dans le réseau national. Cette contribution représente près de 25 % de la capacité électrique totale du pays, un chiffre qui souligne à la fois l’urgence des besoins et la vulnérabilité du système local.
Un déploiement express pour répondre à une crise électrique récurrente
L’intégration rapide de ces powerships turcs au mix énergétique gabonais illustre leur principal atout : une réactivité sans équivalent. En quelques mois seulement, Karpowership a comblé une partie des lacunes du réseau, mises en lumière par des coupures fréquentes touchant aussi bien les foyers que les zones industrielles. Contrairement aux centrales terrestres, dont la construction s’étale sur plusieurs années, ces centrales mobiles offrent une solution immédiate, parfaitement adaptée aux impératifs de flexibilité.
Le Gabon s’ajoute à une longue liste de pays africains ayant recours à cette technologie, aux côtés de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, de la Guinée-Bissau, de la Sierra Leone, de la Gambie ou encore du Mozambique. Les contrats signés, souvent pluriannuels et libellés en dollars, prévoient un paiement à la consommation, un modèle qui soulève régulièrement des interrogations sur le poids budgétaire pour les États, surtout lorsque les prix des hydrocarbures fluctuent.
Une dépendance énergétique qui interroge les autorités
Pour la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), les 150 MW apportés par Karpowership constituent une aubaine temporaire. Le pays fait face à une demande en hausse, alimentée par l’urbanisation galopante, l’essor des zones économiques spéciales et le redémarrage de projets miniers. Pourtant, cette dépendance envers un unique fournisseur étranger pose question, d’autant que le Gabon mise sur le développement de ses ressources gazières locales pour renforcer sa souveraineté énergétique. Depuis le changement de régime en août 2023, les nouvelles autorités ont fait de la modernisation des infrastructures une priorité, mais le calendrier serré impose des arbitrages complexes entre solutions immédiates et vision stratégique de long terme.
Vers une réduction progressive de la part des navires-centrales
Evans Damada insiste sur le caractère transitoire de l’intervention de Karpowership. Les retards accumulés dans la réalisation de nouvelles capacités locales, comme le barrage de Kinguélé Aval (développé par Meridiam et Gabon Power Company) ou les futures centrales à gaz alimentées par les champs offshore, expliquent en partie cette situation. Une fois ces projets aboutis, la part des powerships dans le mix électrique devrait naturellement diminuer, permettant au Gabon de retrouver une plus grande autonomie.
D’ici là, les deux unités turques assurent une production stable, alimentant à la fois la capitale et les zones industrielles de l’Estuaire. Leur maintenance est assurée par des équipes mixtes, associant experts turcs et technicians gabonais, tandis que des sessions de formation sont organisées pour renforcer les compétences locales. Cependant, l’ampleur de ces transferts de savoir-faire reste limitée au regard des attentes des autorités.
À court terme, la priorité n’est plus de se passer de Karpowership, mais de négocier les termes d’une collaboration durable. Les discussions porteront inévitablement sur les tarifs, la durée des contrats et l’intégration progressive du gaz national dans le bouquet énergétique. L’opérateur turc, qui affiche sa volonté de rester un partenaire de long terme, devra composer avec les ambitions du Gabon en matière de souveraineté et de stabilité du réseau.
