Frontières ouvertes et riposte anti-ebola renforcée en rdc

SantéRépublique démocratique du Congo

Frontières ouvertes et riposte anti-Ebola renforcée en RDC : une course contre la montre

Alors que l’épidémie d’Ebola frappe la RDC de plein fouet, l’ONU alerte sur l’urgence d’une riposte coordonnée et plaide pour le maintien des frontières ouvertes afin d’éviter une crise humanitaire encore plus dévastatrice.

Ouganda Mpondwe | Passage de la frontière vers le Congo

Avec plus de 3 000 cas confirmés et près de 1 500 décès enregistrés, l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo s’étend à un rythme alarmant. Les organisations humanitaires tirent la sonnette d’alarme face à cette progression fulgurante.

Selon Julien Harneis, coordinateur principal des Nations unies pour la lutte contre Ebola, la propagation de l’épidémie suit une courbe exponentielle. « Les cas doublent tous les vingt jours », précise-t-il, soulignant que la vitesse de contamination dépasse largement celle de la riposte sanitaire.

Pourquoi maintenir les frontières ouvertes ?

Plusieurs États voisins avaient restreint ou fermé leurs frontières en réaction à cette 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC. Pourtant, l’ONU recommande vivement de les maintenir ouvertes pour plusieurs raisons essentielles.

Le Rwanda, par exemple, avait initialement fermé ses frontières terrestres avec la RDC et suspendu l’entrée des étrangers ayant séjourné dans le pays. Début juillet, une réouverture partielle a été décidée, assortie de contrôles sanitaires stricts comme le lavage des mains et la prise de température.

De son côté, l’Ouganda avait temporairement bloqué ses postes-frontières avec la RDC, avant de rétablir partiellement le passage, tout en autorisant l’aide humanitaire, les opérations de sécurité et le transport de marchandises.

Hors du continent africain, le Canada a annoncé début juillet la fermeture de ses frontières aux voyageurs ayant séjourné en RDC durant les 21 jours précédents, tout en suspendant certaines procédures d’immigration pour les ressortissants de ce pays, de l’Ouganda et du Soudan du Sud.

Pour les Nations unies, ces restrictions sont contre-productives. « Fermer les frontières complique la circulation du matériel médical, limite l’intervention des équipes sanitaires et pousse les populations à emprunter des voies non contrôlées, rendant la surveillance d’Ebola encore plus difficile », explique un responsable onusien sous couvert d’anonymat.

Un risque accru de propagation clandestine

Les fermetures frontalières peuvent en effet inciter les populations à traverser des zones reculées, où les contrôles sanitaires sont inexistants. Cette situation favorise la dissémination du virus et complique les efforts de traçage des contacts.

L’impact dévastateur sur la sécurité alimentaire

L’épidémie d’Ebola s’ajoute à une crise alimentaire déjà bien réelle en RDC. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), la région de l’Ituri, épicentre de l’épidémie, compte 1,9 million de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë.

« Les restrictions frontalières perturbent les chaînes d’approvisionnement en vivres et en intrants agricoles. Les familles peinent à se procurer des semences ou des outils, ce qui menace les récoltes futures », alerte Butoto Bigiri Naum, responsable de l’ONG Action pour le développement et le bien-être des communautés (UGEAFI), partenaire d’une mission d’aide d’urgence menée en collaboration avec l’ONG allemande Help.

Les conséquences sont immédiates :

  • Plus de 2,65 millions de personnes dans les zones touchées par Ebola souffrent d’insécurité alimentaire, dont 628 000 en situation d’urgence.
  • Les prix des denrées alimentaires flambent en raison de la rareté des produits sur les marchés.
  • Les agriculteurs, craintifs face à la contagion, délaissent leurs terres, ce qui risque d’entraîner une baisse des récoltes à long terme.

Le PAM intervient en urgence en distribuant des vivres aux patients d’Ebola, à leurs proches, aux travailleurs de première ligne et aux ménages vulnérables. Cette aide vise à :

  • Favoriser le respect des mesures de confinement.
  • Soulager la pression sur les familles déjà en difficulté.
  • Réduire les déplacements de population en quête de nourriture.
  • Créer un environnement propice à une intervention sanitaire efficace.