Succès Masra, opposant tchadien détenu : l’appel urgent de sa sœur pour sa libération

Il y a un an jour pour jour, l’opposant tchadien Succès Masra a été incarcéré au Tchad. Ancien Premier ministre et figure incontournable du mouvement politique Les Transformateurs, il a été condamné à vingt ans de prison pour diffusion présumée d’un message ayant, selon la justice tchadienne, provoqué en 2025 de graves violences intercommunautaires dans le sud du pays. Malgré une candidature à l’élection présidentielle de 2024 qui lui a valu 18 % des suffrages, son combat pour la justice et la démocratie reste entravé derrière les barreaux.

Sa sœur, Chancelle Masra, qui réside en France, alerte aujourd’hui sur l’état de santé et les conditions de détention de son frère. Elle dénonce une injustice flagrante et un système judiciaire tchadien qui maintient Succès Masra enfermé sans preuve tangible ni témoignage crédible.

Un détenu dans un état de santé préoccupant

Chancelle Masra révèle que son frère souffre de problèmes respiratoires graves, confirmés par des médecins. Pourtant, aucune prise en charge médicale adaptée n’est disponible au Tchad. « Il a besoin d’analyses complémentaires, et celles-ci ne peuvent pas être réalisées sur place », explique-t-elle. Depuis le 16 mai 2025, il est enfermé dans une pièce exiguë de moins de 15 mètres carrés, sans accès à la lumière naturelle, dans des conditions indignes.

L’opposant est détenu au sein d’un bureau de la coordination de la police judiciaire à N’Djaména, sans lit, ni espace pour se déplacer, ni possibilité de pratiquer une activité physique. Ses appareils électroniques lui ont été confisqués, le privant de tout contact avec sa famille, y compris sa fille et son épouse.

Une détention aux allures d’instrumentalisation politique

La sœur de Succès Masra insiste sur le fait que son frère, pacifique et engagé pour le dialogue, n’a jamais prôné la violence. Elle rappelle que depuis la création de son parti en 2018, il n’a cessé de promouvoir des marches pacifiques et a même signé un accord de paix avec le gouvernement en 2023. « Il a renoncé à son salaire de Premier ministre pour contribuer au développement du Tchad. C’est un homme de paix, pas un provocateur », souligne-t-elle.

Malgré son appel interjeté, le procès en appel traîne en longueur, sans date annoncée. Chancelle Masra dénonce une stratégie de musellement des opposants pacifiques au Tchad, où la justice serait détournée pour régler des comptes politiques.

Une famille sous pression, mais déterminée

La famille de Succès Masra a longtemps lutté pour obtenir des droits de visite et d’accès à des soins. Aujourd’hui, sa mère et ses avocats peuvent le voir, mais sous conditions strictes. « Il a pu recevoir des visites, mais chaque démarche administrative représente un combat », explique Chancelle Masra. En revanche, aucun contact téléphonique n’est autorisé, isolant davantage le détenu.

Face à la dégradation du climat politique au Tchad, où d’autres opposants comme ceux du GCAP ont été condamnés pour des marches pacifiques, elle s’inquiète pour l’avenir démocratique du pays. « Sans liberté d’expression, il n’y a pas de démocratie. Les opposants doivent pouvoir s’exprimer sans risquer l’emprisonnement », plaide-t-elle.

Une mobilisation internationale qui porte ses fruits

Malgré les obstacles, Chancelle Masra salue le soutien de la communauté internationale, notamment de l’Union européenne et d’organisations de défense des droits humains comme Amnesty International et Human Rights Watch. « Cette solidarité a maintenu mon frère en vie. Aujourd’hui, je peux m’exprimer librement depuis la France, mais d’autres au Tchad et en Afrique en sont privés », déclare-t-elle avec émotion.

Elle appelle à une pression accrue pour que la justice tchadienne répare cette erreur judiciaire et libère Succès Masra, dont l’incarcération symbolise les dérives d’un système qui étouffe l’opposition pacifique.

Le Tchad entre tensions politiques et espoirs de changement

La situation reste tendue au Tchad, où des défections au sein des Transformateurs, comme celle de l’ancien vice-président Sitack Yombatina devenu ministre, sont parfois interprétées comme un affaiblissement du parti. Chancelle Masra balaie cette idée : « Ces départs ne reflètent pas l’essence du mouvement. Succès Masra incarne une vision de progrès pour le Tchad, et des milliers de Tchadiens à travers le monde le soutiennent ».

Alors que les canaux diplomatiques entre le Tchad et la France semblent se rétablir, elle met en garde : « La lutte contre le terrorisme ne doit pas servir de prétexte pour bafouer les droits humains et la liberté d’expression ».

La libération de Succès Masra reste une priorité pour sa famille, mais aussi pour tous ceux qui croient en une démocratie tchadienne apaisée et respectueuse des droits fondamentaux.