Le JNIM a affirmé, dans la soirée du vendredi 25 septembre 2026, avoir pris le contrôle de plusieurs positions tenues par les milices burkinabè à Silmossin, non loin de Dédougou. Le même jour, le groupe armé revendiquait deux autres positions utilisées par l’armée et par les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) à Aoréma et à Klio, dans le nord du pays.
Trois revendications en une seule journée. Au-delà de la vérification de chacune d’elles, cette accumulation d’annonces impose une question directe : quelle est l’efficacité réelle de la stratégie sécuritaire déployée depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré ?
Une doctrine de reconquête jugée sur sa durée, pas sur ses annonces
Depuis plusieurs années, les autorités burkinabè présentent la reconquête du territoire, la montée en puissance des forces nationales et la mobilisation des VDP comme les trois piliers d’une nouvelle doctrine de sécurité. Or une stratégie militaire ne se juge ni au nombre de soldats engagés, ni au volume d’opérations annoncées, ni aux zones déclarées reconquises. Elle se juge à la capacité de l’État à tenir ses positions dans le temps, à protéger les civils, à sécuriser les axes routiers et à empêcher les groupes armés de revenir dans les espaces repris.
C’est précisément sur cette durée que les difficultés s’accumulent.
Les VDP, un renfort qui élargit le dispositif mais expose des combattants
Le recours massif aux volontaires a permis d’étendre le maillage défensif. Il place toutefois des combattants non professionnels sur des positions particulièrement exposées. Les travaux consacrés aux opérations du JNIM insistent sur des facteurs décisifs : le renseignement, la mobilité, la logistique, la surveillance des axes, la coordination entre unités et, surtout, la capacité à tenir durablement les points avancés.
Reprendre une position ne revient pas à restaurer l’autorité de l’État
Le problème dépasse donc le cadre d’une bataille perdue ou gagnée. Une zone réellement sécurisée se reconnaît à des signes concrets : des administrations qui fonctionnent, des écoles qui rouvrent, des marchés qui reprennent leur activité, des agriculteurs qui retournent aux champs et des déplacés qui rentrent chez eux.
C’est sur ce terrain que le bilan sécuritaire du régime Traoré mérite d’être examiné avec rigueur.
Un discours officiel confronté à ses propres réserves
Depuis sa prise de pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré a placé la souveraineté, la mobilisation populaire et la reconquête militaire au cœur de son discours. La communication officielle met régulièrement en avant les succès des forces nationales. Mais lorsque les groupes armés continuent de revendiquer des attaques contre des positions militaires ou des VDP, ces annonces doivent être confrontées aux réalités observables sur le terrain.
Le ministre burkinabè des Affaires étrangères reconnaissait lui-même, le 25 septembre, la nécessité de tirer les leçons de ce qui « n’a pas marché jusque-là », en insistant sur la prévention du recrutement des jeunes par les groupes terroristes. Ce positionnement compte : il indique que, du côté officiel aussi, la réponse purement militaire est jugée insuffisante.
Un adversaire adaptable, mobile et difficile à déloger
Le Burkina Faso affronte une insurrection particulièrement souple dans ses méthodes. Le JNIM a développé des capacités de déplacement, de renseignement, de financement et d’usage de nouvelles technologies, tout en maintenant la pression sur les forces de sécurité et sur les populations civiles. Les observatoires des conflits relèvent l’évolution des tactiques jihadistes, le recours croissant aux drones et la difficulté, pour les États du Sahel, d’empêcher durablement les groupes armés de réinvestir certains espaces.
L’enjeu, pour Ibrahim Traoré, ne se limite donc plus à produire un discours de victoire. Il consiste à démontrer, résultats et chiffres à l’appui, que la stratégie engagée depuis 2022 réduit effectivement la violence dans la durée et rétablit l’autorité de l’État.
Les indicateurs qui devraient trancher le débat
La communication politique peut mettre en avant des avancées. Le terrain, lui, impose une autre exigence : la sécurité durable des habitants. Si les revendications du JNIM à Silmossin devaient être confirmées, elles constitueraient un nouveau signal de fragilité des positions avancées. Mais avant même toute confirmation, la multiplication des revendications contre des positions burkinabè pose une question légitime : pourquoi certaines zones restent-elles aussi difficiles à sécuriser malgré la hausse des effectifs, des équipements et des moyens consacrés à la lutte antiterroriste ?
Le débat ne devrait pas se limiter aux slogans, aux images d’opérations ou aux déclarations de victoire. Il doit s’appuyer sur des indicateurs vérifiables :
- l’étendue des territoires durablement sécurisés ;
- le nombre d’attaques visant les civils ;
- les pertes enregistrées dans les rangs militaires ;
- la liberté de circulation sur les axes routiers ;
- le retour effectif des personnes déplacées ;
- le fonctionnement des services publics ;
- la capacité des forces nationales à tenir les positions reprises.
Faute de données transparentes permettant de mesurer ces éléments, l’écart entre le récit officiel et les informations remontant du terrain continuera d’alimenter les interrogations.
Face à des groupes armés capables de s’adapter, ce sont les résultats vérifiables sur la durée qui finiront par trancher, bien plus que les annonces.
