Sénégal : procès historique d’une ex-ministre des Mines à la Haute Cour de Justice

La justice sénégalaise s’apprête à franchir une étape décisive le 22 juillet prochain. À cette date, la Haute Cour de Justice ouvrira le procès d’Aïssatou Sophie Gladima, ancienne ministre des Mines et de la Géologie sous l’ère Macky Sall. Placée sous mandat de dépôt depuis plusieurs mois, elle devra répondre de ses actes devant une juridiction d’exception, réservée aux membres du gouvernement accusés dans l’exercice de leurs fonctions. Ce procès s’inscrit dans une volonté affichée de transparence et de responsabilité, portée par les nouvelles autorités dakaroises.

La Haute Cour de Justice, une instance rare et symbolique

Au Sénégal, la Haute Cour de Justice occupe une place unique dans le paysage judiciaire. Composée de députés élus par leurs pairs, elle est la seule à pouvoir juger les ministres pour des faits qualifiés de crimes ou de délits commis dans le cadre de leurs missions officielles. Son activation reste exceptionnelle depuis l’indépendance du pays, ce qui confère à chaque affaire une dimension politique bien au-delà du simple cadre pénal.

Le cas d’Aïssatou Sophie Gladima s’inscrit dans cette dynamique. Son dossier a été transmis à la Haute Cour après un vote de l’Assemblée nationale autorisant sa mise en accusation, une étape obligatoire avant toute procédure. Depuis, l’instruction a suivi son cours, et le renvoi devant la formation de jugement marque le passage à la phase publique du procès. Les débats promettent d’attirer une attention particulière, notamment de la part des acteurs du secteur extractif, compte tenu de l’importance stratégique des Mines pour l’économie sénégalaise.

Une politique de reddition des comptes assumée par le pouvoir

Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko en 2024, la lutte contre les détournements présumés est devenue un pilier de leur action. Plusieurs anciens ministres, directeurs généraux et responsables administratifs de l’ère Sall ont déjà été placés en garde à vue, entendus ou incarcérés. Le procès de Sophie Gladima s’inscrit dans cette logique, aux côtés d’autres dossiers instruits par le pôle judiciaire financier ou la Haute Cour, selon le statut des personnes mises en cause.

L’ancienne ministre a dirigé le ministère des Mines et de la Géologie entre 2019 et 2022, une période marquée par le développement de la filière aurifère et les premiers pas de l’exploitation des hydrocarbures. Les investigations portent notamment sur la gestion des fonds publics et les décisions prises dans le cadre de ses fonctions. Pour l’heure, la présomption d’innocence reste de mise, et la défense n’a pas encore communiqué sa stratégie judiciaire.

Un message aux investisseurs du secteur minier

Au-delà de la personne concernée, ce procès envoie un signal fort aux opérateurs économiques présents au Sénégal. Le secteur minier, traditionnellement centré sur l’or de Kédougou, les phosphates de Thiès et le zircon de la Grande Côte, connaît une phase d’expansion avec l’arrivée de nouveaux acteurs internationaux et le développement des hydrocarbures offshore. Les investisseurs suivront de près la manière dont la justice sénégalaise traite les décisions administratives passées, notamment les octrois de permis et les modifications contractuelles signés sous la législature précédente.

Pour le gouvernement actuel, l’enjeu est double : prouver la solidité des dossiers sans donner prise à des accusations de justice sélective. Les partisans de l’ancienne majorité dénoncent régulièrement une instrumentalisation des procédures, tandis que la coalition Pastef défend une exigence de transparence réclamée par les électeurs. Le 22 juillet, la Haute Cour de Justice deviendra le théâtre de ce débat, avec des audiences qui capteront l’attention des chancelleries et des partenaires financiers.

Plusieurs éléments restent à préciser : le format des débats, la liste des témoins convoqués et le calendrier prévisionnel du délibéré. Ces détails détermineront l’impact réel de ce procès sur la jurisprudence sénégalaise en matière de responsabilité ministérielle.