Le 22 mai dernier, une onde de choc a traversé la scène politique sénégalaise : le président Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions de son gouvernement, dirigé par son fidèle allié Ousmane Sonko. Moins de 48 heures plus tard, l’ancien Premier ministre a retrouvé son siège de député, tandis que le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, annonçait sa démission. L’élection du nouveau président de l’Assemblée, prévue pour mardi, pourrait bien voir Ousmane Sonko briguer ce poste stratégique, augurant un potentiel conflit entre les pouvoirs exécutif et législatif.
Cette séparation était, pour de nombreux observateurs, une issue inévitable. La collaboration entre Faye et Sonko était intrinsèquement complexe, non pas par un manque de compétence ou des divergences idéologiques, mais parce que la nature unitaire du pouvoir exécutif ne saurait accommoder deux volontés de force égale. L’histoire politique africaine, jalonnée d’exemples de cohabitations difficiles, suggère que de telles dynamiques mènent souvent à l’éviction d’un des protagonistes, voire à la destruction de l’alliance.
Des tensions latentes à la rupture ouverte au Sénégal
Les signes avant-coureurs de cette rupture se sont manifestés au fil des mois, depuis leur accession au pouvoir en avril 2024, portée par un immense élan populaire. Dès juillet, des fissures sont apparues au sein du duo, Ousmane Sonko évoquant un « problème d’autorité » et reprochant au président un soutien insuffisant face aux attaques politiques. La décision finale est intervenue quelques heures seulement après une session parlementaire houleuse, durant laquelle l’ex-chef du gouvernement avait publiquement remis en question plusieurs décisions présidentielles, notamment la gestion des fonds politiques, déclarant que le président avait « fait une erreur ».
L’Assemblée nationale, nouveau théâtre de la confrontation ?
La question se pose désormais : l’ancien Premier ministre deviendra-t-il le principal opposant au président ? Fort de son immense popularité, Ousmane Sonko représente une réelle menace pour Bassirou Diomaye Faye. Le prochain chapitre de cette confrontation se jouera très probablement au sein de l’hémicycle. Un professeur de sciences politiques à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, Moussa Diaw, anticipe un déplacement du combat politique à l’Assemblée nationale, risquant un blocage de l’action gouvernementale. Cette situation est d’autant plus critique que l’exécutif doit prochainement soumettre à l’Assemblée une série de réformes institutionnelles majeures, concernant la Constitution, la Cour constitutionnelle, les partis politiques, et la création d’une Commission électorale nationale indépendante. Une marge de manœuvre réduite attend le chef de l’État.
Cette situation marque l’opposition entre le Pastef, désormais sous l’influence d’Ousmane Sonko, et la Coalition Diomaye Faye président. Il s’agit d’une véritable guerre des pouvoirs majoritaires, avec en ligne de mire les élections communales de 2027 et, surtout, la présidentielle de 2029. Cette tournure des événements suscite doute, colère et désarroi parmi les « Pastefistes », en particulier chez les jeunes Sénégalais qui avaient placé leur espoir dans le duo Faye-Sonko.
Ousmane Sonko, une figure incontournable de la politique sénégalaise
L’épreuve de force est lancée, et elle pourrait bien tourner à l’avantage d’Ousmane Sonko, selon l’analyse d’Adrien Poussou, ancien ministre centrafricain et analyste géopolitique. La réalité politique actuelle du Sénégal est sans appel : le Pastef domine le paysage national grâce à une implantation militante exceptionnelle, une base jeune et très mobilisée, et une puissance narrative forgée durant les années de confrontation avec le régime de Macky Sall. Dans cette dynamique, Sonko demeure la figure centrale. Malgré les obstacles judiciaires et son absence des bulletins de vote lors de la présidentielle, c’est autour de lui que l’espoir de changement s’est cristallisé.
Bien que le président Bassirou Diomaye Faye bénéficie de la légitimité institutionnelle, son ancien Premier ministre conserve une légitimité populaire et militante redoutable. Dans une future confrontation politique ou électorale, cet atout pourrait s’avérer déterminant pour l’avenir du Sénégal.
