Sénégal : la rupture définitive entre Faye et Sonko menace la stabilité politique

Sénégal : la rupture définitive entre Faye et Sonko menace la stabilité politique

La ligne de fracture entre le président sénégalais Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko s’est transformée en un fossé infranchissable. L’annonce récente de la création prochaine d’un nouveau parti par le chef de l’État confirme cette réalité : le rapprochement entre les deux hommes relève désormais du domaine de l’impossible.

Les observateurs s’interrogent : Diomaye Faye parviendra-t-il à concrétiser ses ambitions politiques dans un paysage partisan aussi fragmenté ? Rien n’est moins certain. Le président, qui mise sur sa coalition forte de plus de 300 maires sur les 600 que compte le pays, dispose d’un réseau solide. Pourtant, son ascendant sur le PASTEF, le parti ayant porté Faye au pouvoir, apparaît bien moins évident qu’il ne le laisse entendre.

Un parti présidentiel pour contourner les limites du PASTEF

Le calcul politique derrière cette initiative est transparent : en Afrique, les dirigeants au pouvoir ont souvent tendance à s’émanciper des structures partisanes qui les ont propulsés à la tête de l’État. Dans le cas précis du Sénégal, Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, conserve une emprise bien plus forte sur le PASTEF que le président lui-même. Les récentes réformes parlementaires, en particulier celles restreignant la possibilité pour un président de cumuler les fonctions de chef de l’État et de président de parti, ont encore réduit la marge de manœuvre de Faye.

Cette stratégie de création d’un nouveau parti s’inscrit donc dans une logique de préservation du pouvoir. Une démarche que Sonko avait lui-même adoptée par le passé, illustrant une fois de plus la volatilité des alliances politiques au Sénégal. Pourtant, cette division interne risque de s’avérer coûteuse pour le PASTEF, dont les militants pourraient se retrouver tiraillés entre deux camps rivaux.

Une opposition qui se frotte les mains

Le scénario le plus inquiétant pour Faye et Sonko serait l’émergence d’un troisième acteur politique capable de capitaliser sur leur discorde. Les espoirs déçus des Sénégalais, lassés par les querelles de leadership, pourraient en effet se tourner vers une figure extérieure, offrant une alternative crédible pour les prochaines élections présidentielles.

En attendant, c’est l’ancien président Macky Sall qui semble tirer profit de cette situation, lui qui avait autrefois mis Sonko et Faye sous pression. Mais au-delà des calculs individuels, la véritable question porte sur l’impact de cette crise politique sur la gouvernance du pays.

Les priorités des Sénégalais, déjà mises à l’écart, risquent de rester lettre morte. Les deux dirigeants, trop occupés à s’affronter, négligent les défis économiques et sociaux qui attendent le pays. Pire encore, cette instabilité pourrait conduire à une dissolution de l’Assemblée nationale et à de nouvelles élections, une perspective coûteuse pour un Sénégal dont l’économie peine à se relever.

Un pays modèle menacé par ses propres divisions

Plutôt que de servir les intérêts de la population, Faye et Sonko alimentent une dynamique de confrontation qui fragilise la démocratie sénégalaise, autrefois saluée comme un exemple sur le continent. Leur incapacité à dépasser leurs divergences installe le pays dans une cohabitation de fait, où les institutions sont paralysées par des luttes de pouvoir.

Si les deux hommes ne réagissent pas rapidement, leur héritage politique pourrait se résumer à une instabilité chronique, au détriment de la stabilité tant souhaitée par les citoyens. Le Sénégal, pays de la Teranga, mérite mieux que cette dérive politique.