Retrait des pays du Sahel de la CPI : une menace pour la justice internationale

Pourquoi le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CPI alarme-t-il les défenseurs des droits humains ?

L’annonce du retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger du Statut de Rome, qui fonde la Cour pénale internationale (CPI), suscite une vive inquiétude parmi les organisations de défense des droits humains. Ces trois pays, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont officiellement acté leur départ le 22 septembre 2025, affirmant vouloir une application immédiate de cette décision. Pourtant, selon l’article 127 du Statut de Rome, un État ne peut se retirer qu’un an après avoir notifié formellement son intention au Secrétaire général des Nations unies. D’ici là, ces pays restent tenus par leurs obligations, y compris la coopération avec la CPI.

Cette annonce intervient alors que des procédures judiciaires sont déjà en cours pour des crimes commis au Mali, tels que l’affaire Al Mahdi, condamné en 2016 pour la destruction de sites historiques à Tombouctou, ou l’affaire Al Hassan, dont la décision sur les réparations est attendue prochainement. Un mandat d’arrêt reste également en vigueur contre Iyad Ag Ghaly, figure présumée d’Ansar Dine.

Un leadership africain en recul : quelles conséquences pour les victimes ?

Les États africains ont joué un rôle clé dans la création de la CPI en 1998, ratifiant massivement le Statut de Rome et renvoyant des situations nationales à la Cour lorsque la justice locale était défaillante. Ce retrait marque un recul historique dans la lutte contre l’impunité, laissant les victimes sans recours pour obtenir justice et réparations. Selon Drissa Traoré, Secrétaire général de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), « la décision de quitter la CPI fragilise davantage les victimes, déjà privées de protection après le départ de ces pays de la CEDEAO en janvier 2025 ».

Les juridictions nationales de ces pays peinent à enquêter sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité en raison d’un manque de moyens et de volonté politique. Dans un contexte de crise multidimensionnelle et de montée du terrorisme, cette décision accentue l’isolement de ces États et affaiblit les mécanismes de protection des droits humains.

La CPI face à des pressions croissantes

Le retrait des pays du Sahel s’ajoute à d’autres pressions sur la CPI, comme l’intention de retrait de la Hongrie en 2025, critiquée pour son impact sur la lutte mondiale contre l’impunité. Malgré les critiques passées sur la sélectivité des affaires, notamment en Afrique, la CPI a élargi son champ d’action à des pays comme l’Ukraine, la Libye, les Philippines ou encore l’Afghanistan. Des arrestations récentes, comme celle de suspects libyens ou de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, confirment l’universalité de son mandat.

Pour Alix Vuillemain, directrice exécutive de Women’s Initiatives for Gender Justice (WIGJ), « les États doivent réaffirmer leur engagement envers la CPI et la justice internationale. Se détourner de la Cour ne fait que renforcer l’impunité et affaiblir les normes mondiales de protection ».

Un coup porté aux fondements de la justice internationale

Le Statut de Rome consacre des principes essentiels : pas d’immunité pour les dirigeants, complémentarité avec les juridictions nationales, et droit des victimes à participer aux procès et à demander réparation. Le retrait du Statut de Rome risque de saper ces protections et de compromettre des décennies de progrès dans la lutte contre l’impunité. L’Initiative mondiale contre l’impunité (GIAI), regroupant huit ONG dont la FIDH et la Coalition pour la CPI, appelle tous les États parties à réaffirmer leur soutien à la CPI.

Dans un monde où les violations des droits humains s’intensifient, préserver la CPI comme juridiction de dernier recours est crucial pour les victimes en Afrique et ailleurs.

Comment agir pour soutenir la justice internationale ?

Face à ce recul, il est essentiel de sensibiliser l’opinion publique et d’interpeller les décideurs. Partagez cet article, contactez vos représentants ou soutenez les organisations qui œuvrent pour la défense des droits humains et la lutte contre l’impunité.