Maroc et argentine unissent leurs voix pour promouvoir grossi à l’ONU

Lors d’une rencontre diplomatique de haut niveau tenue à Buenos Aires, l’Argentine a officiellement sollicité le soutien du Maroc en vue de la candidature de Rafael Grossi au poste de secrétaire général des Nations unies. Cette demande a été formulée lors de la huitième réunion de la commission mixte et des consultations politiques entre les deux pays, qui se sont déroulées le 11 juin dans la capitale argentine.

Le gouvernement argentin, dirigé par Javier Milei, mise sur Rafael Grossi, actuel directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), pour remplacer António Guterres. L’objectif est désormais d’obtenir l’appui du Maroc, dont l’influence sur le continent africain et dans les instances multilatérales renforce considérablement la portée de ce soutien.

Côté argentin, les discussions ont été menées par Roberto Salafia, sous-secrétaire aux négociations économiques internationales et à l’intégration, ainsi que par Juan Manuel Navarro, sous-secrétaire à la politique étrangère. Pour le Maroc, Fouad Yazourh, directeur général des affaires politiques internationales au ministère des Affaires étrangères, a conduit la délégation. Les échanges ont porté sur les relations bilatérales, les enjeux internationaux et les axes de coopération renforcée.

L’Argentine présente la candidature de Rafael Grossi comme «une priorité diplomatique majeure dans le cadre multilatéral, incarnée par un profil expérimenté dans la gestion des crises, le dialogue interétatique et les mécanismes des organisations internationales.» Cette démarche s’inscrit dans une stratégie visant à élargir les soutiens en Afrique, où la désignation du prochain secrétaire général de l’ONU dépend d’abord d’une recommandation du Conseil de sécurité, suivie d’une validation par l’Assemblée générale.

Le Maroc, acteur clé dans la quête de soutiens africains

Depuis 2019, Rafael Grossi dirige l’AIEA avec une notoriété grandissante, notamment grâce à son rôle dans la supervision des installations nucléaires en zones de conflit, les négociations sur le programme nucléaire iranien et la sécurisation des centrales ukrainiennes en pleine guerre. L’Argentine a lancé sa candidature à la fin de l’année 2025 et déploie désormais une campagne diplomatique ciblant plusieurs régions du globe.

Le choix du Maroc comme partenaire s’explique par sa position stratégique. Le royaume dispose d’un réseau diplomatique dense en Afrique, d’une influence dans les institutions internationales et d’un dialogue constant avec les grandes puissances. Selon Buenos Aires, «le soutien marocain pourrait renforcer la légitimité de la candidature de Grossi en Afrique et faciliter les rapprochements avec des États influents au sein du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale.»

Plusieurs personnalités issues d’Amérique latine et d’Afrique se disputent ce poste prestigieux. Parmi elles figurent l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, soutenue par le Brésil, Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la Cnuced, María Fernanda Espinosa, diplomate équatorienne, et Macky Sall, ancien président du Sénégal. Cette diversité de candidatures impose à l’Argentine de consolider des alliances au-delà de son espace régional.

La diplomatie argentine met en avant les atouts de Rafael Grossi, dont l’expertise technique et politique lui permet d’intervenir dans les dossiers les plus sensibles, comme la non-prolifération nucléaire, la sécurité des installations et la gestion des crises. Buenos Aires le décrit comme «un négociateur capable de dialoguer avec les grandes puissances, de maintenir des canaux de communication même en période de tensions et de redonner à l’ONU une capacité d’action politique renforcée.»

Dans cette dynamique, le Maroc occupe une position unique. Son poids au sein du Maghreb, ses relations étroites avec de nombreux États africains, son engagement dans les forums multilatéraux et ses partenariats avec l’Europe, les États-Unis et les pays du Sud en font un allié incontournable. Un appui marocain offrirait à l’Argentine un levier supplémentaire pour peser dans une région où chaque voix compte, notamment lors des votes décisifs.

Un partenariat économique en plein essor

Les consultations de Buenos Aires ont également permis d’explorer de nouvelles pistes de coopération économique. En 2025, les échanges commerciaux entre l’Argentine et le Maroc ont atteint 1,092 milliard de dollars, faisant du royaume le deuxième débouché africain pour les exportations argentines. Les discussions ont porté sur l’amélioration de la qualité des échanges et l’identification de nouveaux domaines de collaboration.

Les secteurs de l’agriculture, de l’énergie, de la santé, du tourisme, de la sécurité sanitaire des denrées et des liaisons aériennes ont été au cœur des échanges. Les responsables des deux pays ont souligné «l’importance de structurer davantage les échanges bilatéraux, de renforcer les synergies entre les administrations concernées et de concrétiser des projets communs dans des domaines où les complémentarités économiques sont évidentes.»

Pour l’Argentine, le Maroc représente un marché clé, une porte d’entrée vers l’Afrique et un partenaire politique de premier plan. Les industries automobile, des engrais, aéronautique et textile marocaines renforcent sa position dans les chaînes de valeur régionales. Buenos Aires mise sur cette base industrielle pour renforcer les accords commerciaux, développer des coopérations techniques et favoriser l’implantation d’entreprises argentines sur le continent.

De son côté, le Maroc y voit un fournisseur agricole majeur et un partenaire stratégique pour élargir ses liens avec l’Amérique du Sud. Les conversations ont porté sur les normes sanitaires applicables aux produits alimentaires, l’échange d’expertises dans le domaine énergétique et le développement de liaisons aériennes pour faciliter les échanges commerciaux et diplomatiques entre les deux continents.

Enfin, la délégation argentine a souligné que «la relation avec le Maroc dépasse désormais le cadre économique pour offrir un espace de dialogue politique sur les grands équilibres mondiaux, la coopération Sud-Sud et la défense des intérêts des pays du Sud au sein des institutions internationales.»