Le pipeline Tchad-Cameroun : une manne financière majeure pour le Cameroun
Depuis son entrée en service, le pipeline reliant le Tchad au Cameroun représente une source de revenus stable et significative pour Yaoundé. Entre 2020 et 2025, le Trésor public camerounais a perçu un total de 222,2 milliards de francs CFA sous forme de droits de transit sur le pétrole brut tchadien transitant par son territoire avant d’être acheminé vers le terminal de Kribi. Selon les projections du ministère des Finances, cette somme équivaut à une recette annuelle moyenne d’environ 37 milliards de francs CFA, générée grâce au passage du brut sur le sol camerounais.
Le Tchad, dépourvu d’accès à la mer, repose entièrement sur cette infrastructure pour exporter sa production pétrolière. Le montant des droits de transit est calculé en fonction du volume de chaque baril transporté, avec un tarif ajusté régulièrement entre les deux pays. Ce système, couplé aux fluctuations des volumes transportés et à la parité dollar-franc CFA, détermine l’apport réel de l’oléoduc aux finances publiques camerounaises.
Une progression spectaculaire des revenus depuis dix ans
Les chiffres révèlent une croissance impressionnante des recettes liées au pipeline. D’après les données du Comité de pilotage et de suivi des pipelines (CPSP), le Cameroun avait enregistré 85,5 milliards de francs CFA de droits de transit entre 2004 et 2011, soit une moyenne annuelle d’environ 10,7 milliards de francs CFA. En six ans seulement (2020-2025), les encaissements ont atteint 222,2 milliards, dépassant de 136,7 milliards ceux des huit premières années. Cette progression s’explique par l’augmentation des volumes transportés, la revalorisation des tarifs et les variations du taux de change.
Cependant, il est essentiel de nuancer cette analyse. L’évolution des recettes dépend de trois facteurs : le tarif unitaire par baril, le volume physique transporté et la parité dollar-franc CFA. Sans une ventilation détaillée des 222,2 milliards, il est impossible de déterminer précisément l’impact de chaque variable sur cette hausse.
Des tarifs de transit multipliés par plus de trois en quinze ans
L’un des principaux leviers de cette croissance réside dans la revalorisation progressive des tarifs de transit. Initialement fixé à 0,41 dollar par baril lors de la mise en service en 2003, le tarif a été relevé à deux reprises, en 2013 puis en 2018, pour atteindre 1,321 dollar par baril. Cette augmentation, qui plus que triple le coût unitaire, a directement contribué à l’augmentation des recettes camerounaises, indépendamment des volumes transportés.
Une nouvelle révision tarifaire était initialement prévue pour le 1er octobre 2023, conformément aux accords en vigueur. Pourtant, à ce jour, aucun nouveau tarif n’a été officiellement communiqué. Cette absence d’information crée une incertitude sur l’évolution future des recettes, d’autant plus que les négociations entre Yaoundé et N’Djamena sur ce sujet restent un sujet récurrent de diplomatie économique.
Des comparaisons à interpréter avec prudence
Pour évaluer l’évolution des revenus, il est crucial de distinguer les périmètres comptables. Entre 2004 et 2013, COTCO, l’opérateur de la portion camerounaise de l’oléoduc, avait indiqué avoir reversé environ 200 milliards de francs CFA au Trésor public. Toutefois, ce montant incluait non seulement les droits de transit, mais également l’impôt sur les bénéfices et d’autres taxes acquittées par la société. Par conséquent, il ne peut être directement comparé aux 222,2 milliards de francs CFA perçus entre 2020 et 2025, qui se limitent aux seuls droits de transit. La part exacte de cette redevance dans les 200 milliards n’a jamais été précisée, ce qui rend la comparaison avec les 85,5 milliards des huit premières années la plus pertinente.
Les données disponibles pour 2026 confirment la solidité de cette rente. À la fin mai, le Cameroun avait déjà encaissé 15,1 milliards de francs CFA au titre des droits de transit, selon les chiffres du CPSP. Bien que ce montant ne préjuge pas du résultat final de l’année, il illustre l’importance budgétaire de cette infrastructure pour Yaoundé. La publication du nouveau tarif, initialement attendue en octobre 2023, reste un paramètre clé pour anticiper les recettes des années à venir.
