Mali: un diplomate français condamné à 20 ans de prison pour espionnage

Un policier malien patrouille devant le Campement Kangaba, un complexe touristique près de Bamako, 19 juin 2017

Un policier malien patrouille devant le Campement Kangaba, un complexe touristique près de Bamako, le 19 juin 2017

Sous la direction du chef de la junte, Assimi Goïta, le Mali s’éloigne de l’Occident, notamment de la France, pour se rapprocher de la Russie.

Un tribunal malien a prononcé une peine de vingt ans de réclusion à l’encontre d’un collaborateur de l’ambassade de France. L’individu était accusé d’espionnage et d’« atteinte à la sûreté de l’État », comme l’ont rapporté des sources judiciaires ce vendredi.

Cette décision judiciaire marque une nouvelle détérioration des relations déjà tendues entre le Mali, dirigé par une junte militaire depuis le coup d’État de 2021, et la France, son ancienne puissance coloniale.

L’homme de nationalité française, identifié comme Yann V., est en détention depuis son arrestation en août 2025. Il a également été condamné jeudi à une amende de 5 400 € et à une interdiction de séjour au Mali pour une durée de vingt ans, selon trois sources judiciaires distinctes.

Lors de son interpellation, les autorités maliennes avaient affirmé que ce responsable travaillait pour les services de renseignement français, dénonçant l’ingérence d’« États étrangers » visant à déstabiliser le pays sahélien, déjà fragilisé par les insurrections.

Son arrestation, le 13 août, s’est déroulée en même temps que celle de plusieurs officiers maliens soupçonnés de préparer un coup d’État pour renverser la junte au pouvoir.

Le ministère français des Affaires étrangères a réitéré vendredi que les allégations portées contre son agent, en poste à l’ambassade de France à Bamako, étaient sans fondement.

« Notre agent fait l’objet de poursuites judiciaires reposant sur des accusations infondées », a déclaré le ministère. « Notre agent menait une mission de coopération en matière de sécurité, et la France n’a en aucun cas participé, directement ou indirectement, à la déstabilisation du Mali. »

Depuis 2012, le Mali est plongé dans une crise sécuritaire profonde, alimentée par les violences perpétrées par des groupes liés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique, ainsi que par des réseaux criminels locaux.

Sous la direction du chef de la junte, Assimi Goïta, le pays a opéré un virage stratégique, s’éloignant des partenaires occidentaux, en particulier la France, pour privilégier un rapprochement avec la Russie. Cette nouvelle orientation redéfinit la politique de sécurité au Sahel.

Le Mali, à l’instar de ses voisins le Niger et le Burkina Faso, est actuellement sous le contrôle de régimes militaires arrivés au pouvoir par la force au cours des dernières années. Ces juntes avaient promis de restaurer la sécurité pour leurs populations.

Cependant, l’actualité sécuritaire au Sahel montre une dégradation continue depuis l’avènement de ces régimes, avec un nombre record d’attaques et de victimes civiles, imputables tant aux groupes jihadistes qu’aux forces gouvernementales. Ce décryptage du Sahel met en lumière la complexité des défis régionaux.