Mali : répression des voix critiques et détentions arbitraires, une atteinte aux droits humains

Mali : répression des voix critiques et détentions arbitraires, une atteinte aux droits humains

L’ancien premier ministre Moussa Mara purge une peine de deux ans de prison, dont un an ferme, pour des accusations d’atteinte au crédit de l’État, une condamnation jugée disproportionnée et symptomatique de la répression croissante des droits civils et politiques au Mali.

Selon Amnesty International, cette décision illustre le « mépris persistant des autorités maliennes pour leurs obligations en matière de droits humains », notamment au regard de la Constitution malienne, de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Les autorités sont appelées à libérer Moussa Mara et l’ensemble des personnes détenues pour l’expression de leurs opinions politiques.

« Au lieu de museler les voix critiques, le gouvernement doit mettre fin à la répression de l’opposition pacifique et garantir le respect des droits fondamentaux, dont la liberté d’expression, d’association et de réunion », a souligné Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

Les détentions arbitraires, les disparitions forcées et l’utilisation abusive du système pénal pour museler les opposants pacifiques au Mali doivent cesser immédiatement.

Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale

Des arrestations arbitraires et disparitions forcées qui se multiplient

Le cas de Moussa Mara n’est pas isolé. Plusieurs journalistes et activistes ont été ciblés par des mesures répressives au Mali ces dernières années.

En mai 2025, El Béchir Thiam, journaliste et membre du parti Yéléma, a été enlevé par des hommes cagoulés se revendiquant des services de renseignement. Son enlèvement faisait suite à une critique publique de la prorogation du mandat de cinq ans accordé au gouvernement militaire. Après quatre mois de détention secrète, il a finalement été libéré en septembre 2025.

Clément Dembélé, activiste anti-corruption, a été arrêté en novembre 2023 alors qu’il s’apprêtait à dénoncer les coupures d’électricité récurrentes. Accusé de menaces envers le chef de l’État Assimi Goïta, il a été libéré sous contrôle judiciaire en avril 2025, mais reste détenu arbitrairement.

Ces affaires ont été dénoncées par l’expert indépendant des Nations unies sur le Mali, qui a exigé la libération immédiate d’El Béchir Thiam et Clément Dembélé, qualifiant leurs détentions de contraires au droit international.

D’autres figures de l’opposition toujours emprisonnées

Depuis 2023, de nombreuses personnalités critiques du pouvoir militaire sont réduites au silence.

Rokiatou Doumbia, surnommée « Rose Vie Chère », a été condamnée à un an de prison pour avoir dénoncé la dégradation de la situation sécuritaire et économique. Libérée après avoir purgé sa peine, elle reste détenue arbitrairement.

Mohamed Youssouf Bathily, connu sous le nom de « Ras Bath », a été condamné à 18 mois de prison pour avoir qualifié de « assassinat » la mort en détention de l’ancien premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga. Il a depuis été inculpé de nouveaux chefs d’accusation et reste en détention provisoire.

Adama Diarra, alias « Ben le Cerveau », a été condamné à deux ans de prison pour avoir appelé au retour à un régime civil. Malgré une demande de libération provisoire rejetée en février 2025, il est toujours emprisonné.

Issa Kaou N’Djim, ancien membre du Conseil national de transition, a été condamné à deux ans de prison après avoir remis en cause une déclaration des autorités burkinabè sur une tentative de coup d’État. Son arrestation fait suite à une plainte déposée par le Burkina Faso.

Un contexte politique marqué par la prise de pouvoir militaire

Depuis le coup d’État de 2020 contre l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali est dirigé par des autorités militaires. Initialement prévue pour une durée de 18 mois, la transition a été prolongée à plusieurs reprises, aboutissant en avril 2025 à la dissolution de tous les partis politiques et à la prorogation du mandat de transition pour cinq années supplémentaires.