L’absence prolongée de Paul Biya au Cameroun ravive le débat sur la gouvernance

Paul Biya, le doyen des chefs d’État mondiaux et président du Cameroun depuis 1982, est de nouveau au centre des préoccupations. Son absence du territoire camerounais, entamée le 7 juin pour un « court séjour privé en Europe » en compagnie de son épouse Chantal Biya, a atteint 48 jours, alimentant de vives interrogations sur la direction du pays.

La santé du président Biya, qui effectue fréquemment des séjours à Genève, fait l’objet de nombreuses rumeurs, souvent démenties par le gouvernement en place.

C’est dans ce contexte que le 18 juin, en réponse à des articles de presse, René Emmanuel Sadi, le ministre de la Communication, a publié un communiqué officiel pour réfuter les allégations d’hospitalisation du dirigeant camerounais dans une clinique genevoise.

Pour l’opposition camerounaise, cette longue absence présidentielle est révélatrice d’un « vide institutionnel criant », comme l’a exprimé Mamadou Mota, vice-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), sur les réseaux sociaux.

Le Cameroun en « pilotage automatique »

Face à cette situation, Patricia Tomaïno Ndam Njoya, présidente de l’Union démocratique du Cameroun (UDC), a publiquement appelé le gouvernement, à la mi-juillet, à établir « une procédure impartiale » permettant de constater un empêchement, qu’il soit temporaire ou définitif, du chef de l’État.

James Fame Ndongo, un cadre influent du parti présidentiel et ministre de l’Enseignement supérieur, a balayé d’un revers de main les accusations de vacance du pouvoir. Il a affirmé que le chef de l’État, « où qu’il se trouve », suit méticuleusement les dossiers que lui soumettent ses collaborateurs.

Les controverses autour de la vacance du pouvoir au Cameroun ne sont pas nouvelles. La dernière en date remonte à la fin de 2024, lorsque Monsieur Biya avait déjà passé une cinquantaine de jours hors du pays.

Le Social Democratic Front (SDF), un autre parti d’opposition, a d’ailleurs jugé avec une certaine ironie que le pays fonctionnait désormais en « pilotage automatique ».

Ces absences répétées, observées depuis plus de vingt ans, ne cessent d’accroître la frustration d’une grande partie des Camerounais face à ce qu’ils perçoivent comme une inertie gouvernementale. « Les gens sont déjà épuisés d’attente », a reconnu Viviane Ondoua Biwolé, professeure en management public à l’université de Yaoundé.

Elle explique cette lassitude par plusieurs facteurs : la longévité record de l’actuel gouvernement, en place depuis huit ans, et les résultats « très mitigés » de la dernière élection, que beaucoup considèrent comme un moment propice au renouvellement politique.

La réélection de Monsieur Biya pour un huitième mandat en octobre 2025 avait été marquée par des manifestations violemment réprimées, le gouvernement ayant lui-même reconnu « plusieurs dizaines » de morts sans toutefois fournir de bilan précis.

Les résultats de ce scrutin, contestés par l’opposition, avaient également suscité une certaine réserve de la part des chancelleries occidentales.

Deux mois plus tard, lors de son discours à la Nation du 31 décembre, Monsieur Biya avait pourtant assuré qu’il procéderait à la formation d’une nouvelle équipe gouvernementale « dans les prochains jours ».

Cependant, sept mois se sont écoulés sans que ce nouveau gouvernement annoncé ne soit constitué. À cela s’ajoutent les multiples reports des élections municipales et législatives, prolongeant indéfiniment les mandats des élus en place.

L’après-Biya et la course à la succession

Malgré cette apparente inertie, le pouvoir camerounais a entrepris certains ajustements institutionnels récents. Cela inclut le remplacement des présidents des deux chambres du parlement en mars, puis la création d’un poste de vice-président par une réforme constitutionnelle début mai.

Pourtant, près de trois mois après cette réforme, aucun vice-président n’a encore été nommé, nourrissant inévitablement les spéculations et les fantasmes autour de cette fonction clé.

En juin, un incident a marqué les esprits lorsqu’un individu s’est présenté au siège de la radio publique à Yaoundé, tentant de déposer un document présenté comme un décret présidentiel de nomination du vice-président de la République.

Bien que le faux document comportait les sceaux de la présidence et une signature attribuée à Monsieur Biya, la vigilance des journalistes a empêché sa diffusion. L’événement a néanmoins amplifié les rumeurs existantes.

Ces manœuvres institutionnelles et les incidents qui les entourent ne font qu’intensifier les interrogations sur l’ère post-Biya et semblent accélérer la course à sa succession, dont les contours demeurent très flous.

« Il y a de manière plus ou moins visible, une crise qui existe au sommet de l’État entre les proches du président », affirme Madame Ondoua Biwolé.

Le politologue Stéphane Akoa confirme cette observation, notant que « de plus en plus d’indiscrétions font état de querelles entre les différents clans dans son entourage ».

Derrière l’un de ces « clans », l’influence de Chantal Biya, la Première dame, est de plus en plus perceptible. Selon Monsieur Akoa, elle est « de plus en plus présente dans les affaires de l’État », son nom étant « souvent cité dans les prises de décisions et les nominations au sommet de l’État ».

Tant qu’un vice-président ne sera pas désigné, la Constitution stipule qu’il incombe au président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, d’assurer l’intérim en cas de vacance du pouvoir, en attendant l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle.