La souveraineté sanitaire au Niger : une stratégie nationale sous l’impulsion de Garba Hakimi


Lors de son intervention dans Le Grand Entretien de la RTN, le Médecin Colonel-Major Garba Hakimi, Ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique, a exposé bien plus qu’un simple bilan. Il a articulé une vision claire et résolue pour le système de santé nigérien : une transition stratégique vers une souveraineté sanitaire progressive. Cette approche repose sur des piliers fondamentaux comme la production locale, la maîtrise des technologies médicales et une offre de soins de proximité pour les populations du Niger.

D’une gestion réactive à une transformation structurelle

Depuis son investiture en août 2023, le ministère s’est fixé un cap précis : améliorer significativement l’accès aux soins tout en réduisant la dépendance vis-à-vis de l’étranger. Cette orientation se traduit par une démarche holistique, dépassant la simple administration pour engager une refonte profonde du système de santé. L’État a ainsi initié des réformes majeures pour garantir la disponibilité des médicaments essentiels, optimiser la qualité des services, structurer le maillage sanitaire sur l’ensemble du territoire et intégrer des dimensions autrefois sous-estimées, telles que la médecine traditionnelle et la prévention par l’hygiène.

Renforcement du plateau technique national : une révolution des soins

Un des aspects les plus tangibles de cette métamorphose est l’investissement colossal dans les équipements médicaux de pointe. L’acquisition de scanners 64 barrettes, d’IRM et d’un accélérateur linéaire pour la radiothérapie marque une rupture avec une période prolongée de sous-équipement. Le traitement du cancer en est un exemple éloquent : le Niger dispose désormais des trois piliers thérapeutiques – chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie – permettant une prise en charge complète sur place. Cette avancée réduit drastiquement les évacuations sanitaires, souvent onéreuses et sources d’inégalités. La même dynamique s’observe en chirurgie cardiaque, désormais maîtrisée localement, avec un coût divisé par cinq par rapport aux interventions à l’étranger. C’est un véritable changement de paradigme : le Niger traite désormais sur son sol ce qu’il était contraint d’externaliser auparavant.

Vers une autonomie pharmaceutique et en intrants

La souveraineté pharmaceutique constitue un autre axe stratégique majeur. Le ministre souligne l’impératif de produire localement, en particulier des produits essentiels comme le sérum, dont la fabrication s’appuie sur des ressources disponibles au Niger. Des réformes au sein de l’Office National des Produits Pharmaceutiques et Chimiques (ONPPC) ont permis d’atteindre des taux de satisfaction élevés pour les médicaments essentiels. Parallèlement, le soutien à l’industrie pharmaceutique locale amorce une dynamique, bien qu’encore embryonnaire, promise à un rôle structurant. L’installation d’unités de production d’oxygène médical à travers le pays représente également une avancée cruciale, mettant fin à une dépendance extérieure critique et assurant un accès gratuit à cet intrant vital pour le système de santé.

Une stratégie de proximité pour corriger les disparités territoriales

La question du maillage sanitaire est abordée avec pragmatisme. Face à l’immensité du territoire et aux inégalités persistantes, le ministère opte pour une approche graduelle axée sur la construction de centres de santé intégrés de type 2, mieux équipés et autonomes. La création de 36 nouveaux centres en 2025 et l’amélioration du taux de couverture sanitaire illustrent cette volonté d’ancrer les soins au plus près des populations. À Niamey, la décentralisation des services obstétricaux contribue à désengorger les structures surchargées et à optimiser la prise en charge des urgences. Cette stratégie s’accompagne d’un renforcement des ressources humaines, avec des recrutements et des formations, malgré un déficit persistant face aux besoins croissants.

Prévention : un nouveau paradigme sanitaire

Au-delà du curatif, le discours du ministre met en lumière une évolution vers une approche davantage préventive. La lutte contre le paludisme, par exemple, est appelée à changer de logique : il ne s’agit plus seulement de traiter les cas, mais de s’attaquer directement aux vecteurs de la maladie. De même, les initiatives en matière d’hygiène publique, d’accès à l’eau potable et de gestion des déchets médicaux témoignent d’une volonté de s’attaquer aux causes profondes des maladies, renforçant ainsi la santé publique au Niger.

Gouvernance, éthique et défis persistants

Malgré ces progrès, le ministre reconnaît les limites du système de santé, notamment en matière d’éthique, d’accueil des patients et de discipline professionnelle. Des mécanismes de contrôle, d’inspection et de sanction ont été intensifiés, mais la transformation des comportements reste un défi majeur. La question des ressources humaines, des établissements de formation et de la régulation du secteur privé apparaît également comme un chantier délicat, nécessitant des réformes structurelles profondes.

Une ambition régionale au sein de l’AES

Enfin, la dimension régionale s’affirme comme un levier stratégique essentiel. La coopération avec les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) ouvre la voie à une mutualisation des compétences, des équipements médicaux et des politiques de santé. Cette dynamique pourrait, à terme, déboucher sur une organisation sanitaire commune, renforçant l’autonomie collective face aux défis sanitaires régionaux.

Un système en pleine transition

Cet entretien révèle une réalité incontestable : le système de santé nigérien est en pleine mutation. Entre contraintes structurelles et ambitions affirmées, il évolue résolument vers un modèle plus autonome, plus accessible et plus intégré. Si les défis demeurent nombreux, la trajectoire engagée par le ministre Garba Hakimi traduit une volonté claire : ériger la santé en pilier fondamental de la souveraineté nationale du Niger.