La RDC se dote d’un nouveau cadre stratégique : l’Assemblée nationale évalue la loi de programmation militaire 2027-2030

Assemblée nationale

L’Assemblée nationale de la République Démocratique du Congo (RDC) a récemment débuté l’étude approfondie du projet de loi de programmation militaire pour la période 2027-2030. Ce texte fondamental, présenté par le Vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale et des Anciens Combattants, Guy Kabombo Muadiamvita, marque une étape décisive pour l’avenir des Forces Armées de la RDC (FARDC).

Ce projet de loi se présente comme un instrument financier et stratégique pluriannuel, conçu pour stabiliser et rationaliser le budget alloué à la défense. Son objectif principal est de permettre une planification rigoureuse de l’équipement, de la modernisation et du renforcement des capacités des FARDC. Il vise à rompre avec les improvisations budgétaires passées, en offrant un cadre légal solide à l’effort de guerre.

Au-delà de cette programmation militaire, le Vice-Premier ministre Kabombo a également soumis aux représentants du peuple un projet de réforme de la loi-cadre régissant les FARDC. L’ambition affichée par le ministère de la Défense nationale et des Anciens Combattants est claire : faire de cette loi de programmation militaire 2027-2030 un catalyseur majeur pour la professionnalisation et la modernisation des FARDC, afin qu’elles puissent relever efficacement les défis sécuritaires actuels et futurs, qu’ils soient internes ou externes.

La précédente loi de programmation militaire (2022-2025), arrivée à échéance l’an dernier, avait déjà jeté les bases d’une vaste entreprise de modernisation du secteur de la défense. La réforme actuelle s’inscrit dans cette continuité, cherchant à adapter le cadre juridique aux nouvelles réalités opérationnelles et aux impératifs d’une armée moderne, performante et mieux organisée.

Lors de son intervention devant les députés, le ministre de la Défense nationale a dressé un bilan des lacunes et des obstacles rencontrés lors de l’exécution du précédent programme, avant d’exposer les grandes lignes de la nouvelle programmation 2027-2030.

« Ayant identifié les défis et les contraintes de la précédente loi de programmation militaire, ce nouveau projet s’articule autour de six axes stratégiques : l’administration générale, qui priorise le personnel de la défense nationale ; l’instruction, la formation et la recherche militaires ; l’acquisition d’équipements et de matériels ; la modernisation des infrastructures ; l’entraînement, les opérations et le renseignement militaire ; ainsi que le développement de l’industrie de défense », a précisé le Vice-Premier ministre de la Défense.

Cette architecture renouvelée, présentée par le gouvernement de la Première ministre Judith Suminwa, vise à structurer l’effort de montée en puissance des FARDC, en harmonie avec la vision du Chef de l’État et Commandant suprême, Félix Tshisekedi. Elle met l’accent sur le renforcement de la formation, l’acquisition d’équipements de pointe, la rénovation des infrastructures militaires, l’intensification des entraînements et des opérations, le développement des capacités de renseignement, et la promotion d’une véritable industrie nationale de défense.

« Il est manifeste que cette loi de programmation militaire établit les priorités nationales en matière de défense et un cadre financier pluriannuel essentiel au renforcement des capacités opérationnelles et au développement des Forces armées de la République Démocratique du Congo », a-t-il ajouté.

Guy Kabombo a également insisté sur le rôle du Fonds de Soutien au Développement des FARDC (FSD-FARDC), un mécanisme vital pour l’effort de guerre. Il a souligné la poursuite de la campagne de sensibilisation auprès des partenaires et des donateurs, publics et privés, pour les encourager à contribuer à l’essor de l’appareil de défense nationale. Ce fonds, institué par ordonnance présidentielle, est conçu pour mobiliser des ressources additionnelles pour le secteur de la défense.

Face à l’urgence de la situation sécuritaire, le Vice-Premier ministre a rappelé aux élus la nécessité d’une intégration adéquate de cette programmation dans la loi des finances. Cette condition est jugée indispensable pour garantir le succès de la réforme et concrétiser, sur le terrain, la professionnalisation et la modernisation des FARDC.

Cette initiative parlementaire intervient dans un contexte de tensions persistantes, marqué par l’agression du Rwanda via la résurgence de la rébellion AFC/M23. Cette dernière continue de contrôler de vastes zones dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, soulignant l’importance critique d’une attention accrue au secteur de la défense et de la sécurité. Depuis l’adoption de la loi de programmation militaire 2022-2025, le gouvernement congolais a multiplié les efforts pour allouer davantage de moyens à l’armée.

Parallèlement, le climat diplomatique est complexe. L’accord de paix de Washington, négocié sous l’égide des États-Unis entre la RDC et le Rwanda, prévoyait des mesures de désescalade, un retrait progressif des forces rwandaises et la neutralisation des groupes armés, tels que les FDLR, considérés comme une menace par Kigali. Malgré l’optimisme initial, la sécurité dans l’Est du pays demeure précaire.

De plus, le processus de Doha, facilité par le Qatar pour un dialogue entre Kinshasa et la rébellion AFC/M23, piétine. Sur le terrain, les rebelles de l’AFC/M23, que la RDC, l’ONU et plusieurs acteurs internationaux accusent d’être soutenus par le Rwanda, maintiennent leur emprise sur des villes clés comme Goma et Bukavu, ainsi que de nombreuses localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les affrontements se poursuivent, tandis que les initiatives diplomatiques peinent à produire des résultats concrets.

Cette divergence entre les engagements diplomatiques et la réalité sécuritaire sur le terrain met en lumière l’urgence et la complexité des défis auxquels la RDC est confrontée dans sa quête de stabilité et de souveraineté.