
Le Burkina Faso tourne le dos à la démocratie selon son dirigeant militaire
Le capitaine Ibrahim Traoré, qui a accédé au pouvoir par un coup d’État il y a trois ans, a clairement indiqué que la démocratie n’avait pas sa place au Burkina Faso. Dans une interview diffusée sur la télévision d’État, il a déclaré que les Burkinabè devaient « oublier » ce système politique, le qualifiant de néfaste pour le pays.
Initialement, Traoré s’était engagé à restaurer l’ordre démocratique avant juillet 2024. Pourtant, à l’approche de cette date, la junte militaire a annoncé une prolongation de cinq ans de son mandat, remettant en cause cette promesse.
Une refonte politique radicale en marche
En janvier 2026, les autorités burkinabè ont franchi une étape supplémentaire en interdisant tous les partis politiques. Cette décision s’inscrit dans une logique de « reconstruction de l’État », selon les autorités. Traoré a justifié cette mesure en décrivant les partis comme des sources de division, dangereux et incompatibles avec son projet révolutionnaire.
Lors de son intervention, il a livré un jugement sévère sur la classe politique africaine : « En Afrique, surtout au Burkina Faso, un vrai homme politique incarne tous les vices : menteur, flagorneur, beau parleur. » Il a ajouté : « Les gens doivent oublier la question de la démocratie. La démocratie n’est pas pour nous. »
Un nouveau modèle fondé sur la souveraineté et le patriotisme
Le chef de la junte n’a pas détaillé son projet alternatif, mais a insisté sur le fait que le Burkina Faso développerait sa propre approche, indépendante des modèles étrangers. « Nous avons notre propre méthode. Nous ne cherchons même pas à copier qui que ce soit. Notre objectif est de tout changer. »
Parmi les piliers de ce nouveau système figurent la souveraineté nationale, le patriotisme et une mobilisation révolutionnaire. Traoré a souligné l’importance des chefs traditionnels et des structures communautaires dans ce processus. Il a également mis en avant la nécessité d’une autonomie économique et militaire, ainsi que d’un engagement sans faille de la population.
« Des journées de six ou huit heures ne suffiront pas à combler notre retard face aux pays plus avancés », a-t-il affirmé, plaidant pour un travail intensif et une discipline rigoureuse.
Critiques et soutien : un bilan contrasté
Depuis son arrivée au pouvoir, Traoré a réprimé toute forme de dissidence. L’opposition, les médias et la société civile ont été ciblés, tandis que les détracteurs du régime étaient parfois envoyés sur les lignes de front du conflit contre les groupes armés islamistes.
Malgré cette répression, le dirigeant militaire bénéficie d’un soutien important sur le continent, notamment pour sa posture panafricaniste et son opposition à l’influence occidentale. Le Burkina Faso, comme le Mali et le Niger, a rompu ses partenariats avec les pays occidentaux, en particulier la France, dans la lutte contre l’insurrection jihadiste qui ravage la région depuis dix ans.
Ces trois pays se sont tournés vers la Russie pour obtenir un soutien militaire, sans que les violences ne diminuent pour autant. Un rapport de Human Rights Watch publié jeudi révèle que plus de 1 800 civils ont péri au Burkina Faso depuis le coup d’État de 2023. L’armée et les milices alliées seraient responsables des deux tiers de ces décès, le reste étant attribué aux groupes armés.
Traoré a évoqué la Libye comme exemple proche, soulignant les conséquences désastreuses de l’intervention occidentale dans ce pays. Depuis la chute de Kadhafi, la Libye est plongée dans le chaos, sans élections organisées et divisée entre factions rivales.
