Un bilan en demi-teinte pour la Confédération des États du Sahel deux ans après sa création
À l’occasion des deux ans de la Confédération des États du Sahel (AES), le capitaine Ibrahim Traoré, président en exercice de l’organisation, a marqué les esprits avec un discours résolument optimiste. Le chef de l’État burkinabè a dressé un état des lieux qu’il qualifie de positif, tout en soulignant les ambitions stratégiques de cette alliance regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Pourtant, derrière les annonces volontaristes, les défis concrets restent nombreux pour cette structure qui peine à concrétiser ses promesses.
Une coopération renforcée en théorie, mais des résultats difficiles à mesurer
Selon le président de l’AES, des progrès significatifs ont été enregistrés dans plusieurs domaines clés : coordination militaire, diplomatie régionale et intégration économique. Le discours évoque notamment une amélioration de la lutte contre le terrorisme, la mise en place d’institutions communes et une ouverture progressive des échanges commerciaux entre les trois pays membres. Cependant, ces affirmations restent théoriques : aucun chiffre, aucun indicateur chiffré ne permet d’évaluer objectivement ces avancées.
Dans le même temps, les populations sahéliennes subissent toujours les conséquences d’une situation sécuritaire dégradée, d’une inflation galopante et d’un accès limité aux services essentiels. Les défis économiques s’ajoutent à cette équation complexe, avec un ralentissement marqué de l’activité dans plusieurs zones du Sahel.
Souveraineté économique : un projet ambitieux mais coûteux
L’AES mise sur une autonomie économique pour sortir de la dépendance aux partenaires étrangers. Les axes prioritaires incluent :
- L’industrialisation accélérée des trois pays ;
- La transformation locale des ressources naturelles ;
- Le renforcement de la sécurité alimentaire et énergétique ;
- La libre circulation des personnes et des marchandises.
Ces objectifs, bien que louables, nécessiteront des investissements massifs, des infrastructures adaptées et une stabilité politique durable. Or, les trois États membres font face à des contraintes budgétaires sévères et à un contexte sécuritaire toujours instable, rendant la concrétisation de ces projets particulièrement complexe.
Une rhétorique anti-impérialiste qui occulte les défis internes
Le discours d’Ibrahim Traoré a également mis en avant une « guerre économique et médiatique » menée selon lui contre l’AES. Le président burkinabè évoque des campagnes de désinformation et des pressions extérieures qu’il qualifie de néocoloniales. Cette analyse reflète la position officielle des autorités de la Confédération depuis leur rupture avec plusieurs partenaires occidentaux. Pourtant, cette vision ne fait pas l’unanimité : de nombreux observateurs soulignent que les difficultés de l’AES trouvent aussi leur source dans des faiblesses internes — gouvernance perfectible, contraintes économiques structurelles et menace terroriste persistante.
Le président a tenu à préciser que l’AES n’est hostile à aucun peuple ni aucune organisation, tout en maintenant des échanges avec la CEDEAO pour redéfinir les relations futures. Cette ouverture au dialogue contraste avec les tensions passées, laissant entrevoir une volonté de préserver les acquis régionaux, notamment la libre circulation des personnes.
Entre promesses et réalité : quel bilan pour les populations ?
Deux ans après sa création, l’AES affiche une vision claire et un discours mobilisateur autour de la souveraineté et de l’intégration. Pourtant, le véritable critère d’évaluation reste la qualité de vie des citoyens. Pour l’instant, les résultats tangibles se font attendre :
- Sécurité : les attaques récentes au Mali, notamment à Gao, Aguelhok, Anéfis, Sévaré et Kéniéroba, rappellent que la menace terroriste reste omniprésente. Malgré une coopération militaire renforcée, les groupes armés conservent une capacité opérationnelle redoutable ;
- Développement économique : l’industrialisation et la création d’emplois peinent à se concrétiser ;
- Stabilité sociale : l’accès aux services de base (santé, éducation, eau) reste limité dans de nombreuses zones.
Les populations du Sahel, qui subissent au quotidien les conséquences de l’insécurité et de la crise économique, attendent désormais des actions concrètes plutôt que des discours. La crédibilité de l’AES se jouera sur sa capacité à transformer ses ambitions en réalisations tangibles, au service des citoyens.
