Le Sahel face à son pire scénario : l’impuissance des coalitions régionales
Le Mali, en proie à une crise sécuritaire majeure, voit ses partenaires stratégiques hésiter à s’engager. Ni l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, ni la CEDEAO – dont Bamako s’est retiré – ne parviennent à endiguer la violence. Entre silences diplomatiques, condamnations formelles et calculs politiques, l’Afrique de l’Ouest donne l’image d’un vide sécuritaire préoccupant.
Mali : une attaque d’ampleur qui secoue les fondements de la stabilité
Les événements du 25 avril ont marqué un tournant au Mali, avec une attaque coordonnée particulièrement meurtrière à Kati, où le ministre de la Défense, Sadio Camara, a trouvé la mort. Nommé à sa succession, le général Assimi Goïta incarne désormais la continuité du pouvoir militaire. Malgré les tensions internes et les affrontements entre groupes armés comme le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le JNIM, la capitale malienne résiste, portée par une résilience collective.
L’AES : une alliance en quête de crédibilité
L’alliance entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, théorisée par la Charte du Liptako-Gourma, peine à se concrétiser. Si ses articles 5 et 6 évoquent une assistance mutuelle inspirée de l’OTAN, la réalité est tout autre : le Burkina Faso, submergé par ses propres attaques djihadistes, et le Niger, confronté à une menace terroriste endémique, privilégient leurs intérêts immédiats. La semaine dernière, le Burkina Faso a même décrété une journée nationale de prière contre le terrorisme, signe de son désarroi.
Les déclarations de soutien ne suffisent plus : l’AES doit prouver sa capacité à agir, pas seulement à exister sur le papier.
CEDEAO : un retour en grâce sous conditions ?
La CEDEAO, souvent critiquée pour son interventionnisme raté au Niger, tente de se repositionner. Lors d’une réunion historique à Lomé, en présence des ministres de l’AES, de l’Union africaine, de la France, de l’Union européenne et de la Russie, des discussions ont été engagées pour réconcilier les parties. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a réaffirmé la volonté de Bamako de dialoguer sans renoncer à sa souveraineté.
Cependant, la méfiance persiste. La CEDEAO mise désormais sur le déploiement d’une brigade antiterroriste de 1 650 hommes d’ici fin 2026, mais l’efficacité d’une telle force reste incertaine. L’enjeu ? Éviter que le Sahel ne soit isolé du reste de l’Afrique de l’Ouest, une erreur stratégique aux conséquences lourdes.
Russie : un échec symbolique au Sahel
L’échec russe au Sahel ne se limite pas à un revers militaire. La mort de Sadio Camara, ministre de la Défense malien et figure prorusse, ainsi que le retrait des paramilitaires d’Africa Corps de Kidal, illustrent l’effondrement du mythe sécuritaire russe. Moscou, qui misait sur sa capacité à protéger les régimes sahéliens, voit son influence s’effriter.
Les États-Unis, en revanche, multiplient les visites diplomatiques dans la région, y compris au Niger, d’où leurs forces avaient été expulsées. Washington mise sur une présence accrue pour contrer l’influence russe et sécuriser ses intérêts, notamment dans un contexte de tensions autour des ressources stratégiques.
Le Sahel n’est pas un terrain de jeu pour les puissances étrangères, mais un espace où la stabilité doit être reconstruite par les Africains.
Golfe de Guinée : le spectre d’un effet domino
Si le Mali reste le foyer principal de la crise, les pays côtiers comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin ou le Ghana observent avec inquiétude la situation au Burkina Faso. Une aggravation de la crise malienne pourrait en effet déstabiliser l’ensemble de la sous-région, avec des répercussions en Mauritanie et au Sénégal.
Le Togo, dirigé par Robert Dussey, tente de jouer un rôle de médiateur en proposant un « pont avec le Sahel ». Une initiative qui, si elle se concrétise, pourrait redonner un élan à la coopération régionale. En attendant, les populations attendent des solutions concrètes, loin des discours.
Burkina Faso : une stabilité précaire
Contrairement au Mali, où les attaques ont un impact politique fort, le Burkina Faso ne connaît pas de mouvements protestataires susceptibles de soutenir les djihadistes. Pourtant, de vastes zones échappent toujours au contrôle de l’État. L’absence de mobilisation populaire pro-djihadiste limite pour l’instant le risque d’un « effet domino », mais la situation reste fragile.
Le JNIM, groupe affilié à Al-Qaïda, et d’autres factions armées exploitent ces failles. Leur objectif ? Affaiblir les institutions et étendre leur emprise. Une menace que ni Ouagadougou ni ses alliés ne peuvent ignorer.
Conclusion : vers une coopération sécuritaire enfin mature ?
La crise malienne a révélé une vérité : les alliances régionales ne peuvent plus se contenter de déclarations. L’AES doit passer de la théorie à la pratique, la CEDEAO doit prouver son utilité, et les puissances étrangères doivent cesser de jouer un rôle de perturbateur. Le Sahel a besoin de solutions endogènes, fondées sur l’échange de renseignements, la mutualisation des moyens et une volonté politique sans faille.
L’urgence est là. Les prochains mois seront décisifs pour éviter que le Sahel ne sombre dans le chaos, avec des répercussions bien au-delà de ses frontières.
