Après une décennie de violence dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, la crise anglophone continue de diviser. Mais au-delà des affrontements, une question centrale émerge : les groupes séparatistes ont-ils véritablement défendu les aspirations des populations locales, ou n’ont-ils été que des prédateurs déguisés ? Le bilan des dix dernières années accable ces mouvements armés, accusés d’avoir détourné une cause légitime pour servir des intérêts personnels et claniques.
Dans un éditorial marquant le dixième anniversaire des premières manifestations de 2016, un haut responsable militaire camerounais, le Capitaine de vaisseau Cyrille Atonfack Guemo, dénonce avec virulence ce qu’il qualifie d’« imposture séparatiste ». Selon lui, les revendications initiales des avocats et enseignants, portées par des milliers de citoyens, auraient été hijackées par une minorité armée, transformant une quête d’émancipation en une machine de prédation et de souffrance.
Une insurrection loin d’être spontanée : l’ombre d’une préparation méthodique
S’interroger sur la nature de ce conflit, c’est d’abord questionner son caractère prétendument « spontané ». Le Capitaine Atonfack Guemo balaye cette hypothèse d’un revers de main. Pour lui, l’émergence de groupes armés coordonnés, capables de frapper simultanément dans des zones éloignées, relève d’une stratégie longuement mûrie. Cette structuration aurait nécessité des années de préparation, incluant la mise en place de réseaux logistiques, de hiérarchies internes, et de processus d’endoctrinement.
Même la formation des combattants et l’acquisition d’armes, souvent présentées comme des réactions improvisées, auraient été planifiées bien en amont. Ces éléments suggèrent que l’insurrection n’était pas une réaction spontanée à des revendications sociales, mais bien un projet mûri à froid, avec des objectifs bien plus troubles que la simple défense des droits des anglophones.
Les méthodes de prédation : quand l’arme se transforme en outil de pillage
Au cœur de cette imposture, une réalité brutale : la prédation systématique des ressources locales. Les groupes séparatistes ne se contentent pas de mener des attaques contre les forces de l’ordre. Ils imposent un « système de rançonnement » où les civils deviennent des cibles prioritaires. Les témoignages et les rapports confirment une escalade sans précédent :
- Enlèvements contre rançon pour financer les activités des groupes armés ;
- Destruction des infrastructures sanitaires, privant les populations d’accès aux soins ;
- Incendies d’écoles et de bâtiments publics, plongeant la jeunesse dans un analphabétisme forcé ;
- Viols et violences sexuelles systématiques contre les femmes et les filles, utilisées comme armes de guerre ;
- Expropriation des terres et des biens, réduisant les populations à la mendicité dans des camps de déplacés.
Comment justifier que des mouvements se revendiquant de « libération » puissent infliger de telles atrocités à ceux qu’ils prétendent défendre ? La réponse, selon l’analyse du Capitaine Atonfack Guemo, est simple : ces groupes n’ont jamais eu pour objectif la prospérité des populations, mais bien la domination de territoires pour leurs propres intérêts.
La liberté d’expression sous le joug des séparatistes : un paradoxe meurtrier
Autre révélation glaçante : la liberté d’expression, pilier de toute démocratie, serait devenue une « ligne rouge » dans les zones contrôlées par les séparatistes. Ceux qui osent critiquer leurs méthodes ou appeler à la paix sont systématiquement éliminés. Les assassinats ciblés de figures modérées, d’enseignants, ou de leaders communautaires ont créé un climat de terreur où le moindre dissentiment est puni de mort.
Ce paradoxe est insoutenable : des groupes qui clament vouloir « libérer » une région étouffent toute voix discordante sous le poids de la violence. Comment croire en une émancipation portée par des bourreaux ? La réalité est sans appel : ces groupes n’ont ni le mandat ni la légitimité pour dicter une quelconque forme de souveraineté.
Les séparatistes et leurs complices : une stratégie de prédation transnationale
Mais l’imposture ne s’arrête pas aux frontières du Cameroun. Selon les observations du Capitaine Atonfack Guemo, certains leaders séparatistes exilés auraient trouvé refuge dans des pays étrangers, où ils continuent de financer leurs activités criminelles. Leur train de vie ostentatoire – écoles privées pour leurs enfants, résidences luxueuses, déplacements en première classe – contraste cruellement avec la misère qu’ils ont imposée à leurs compatriotes.
Au lieu d’investir leurs fortunes dans le développement des régions anglophones, ces « nouveaux potentats » préfèrent alimenter un conflit dont ils tirent des profits colossaux. Leur discours humaniste n’est qu’un paravent pour cacher une soif de pouvoir et de richesse.
Pourquoi cette imposture prend-elle fin ?
Face à l’échec flagrant de leur projet, les séparatistes voient leur crédibilité s’effondrer. Les populations, d’abord séduites par l’idée d’une autonomie, réalisent désormais la véritable nature de cette entreprise. Les exactions quotidiennes, les pertes humaines, et l’absence de toute alternative viable ont eu raison de leur soutien.
Le Cameroun, dans sa quête de paix, doit désormais tourner la page de cette décennie de mensonges. Les autorités appellent à la vigilance et au retour à la légalité constitutionnelle – seule voie pour reconstruire une région déchirée par la violence et l’illusion séparatiste.
La question reste entière : combien de vies sacrifiées pour une cause qui n’a jamais existé ? La réponse appartient à l’Histoire. Mais une chose est sûre : l’ère de l’imposture séparatiste touche à sa fin.