Crimes contre l’humanité au Burkina Faso : qui sont les responsables ?

Crimes contre l’humanité au Burkina Faso : bilan accablant pour tous les camps

Depuis 2023, le Burkina Faso est plongé dans une spirale de violences extrêmes où l’armée, ses milices alliées et un groupe armé lié à Al-Qaïda ont été responsables de la mort de plus de 1 800 civils et du déplacement forcé de dizaines de milliers d’autres. Ces exactions, qualifiées de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, impliquent tous les acteurs du conflit, selon un rapport détaillé.

Bilan des violences : des chiffres qui choquent

L’ampleur des atrocités commises au Burkina Faso est alarmante. Entre 2023 et août 2025, les forces militaires nationales, soutenues par des milices locales comme les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), ainsi que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), ont systématiquement ciblé les populations civiles. Human Rights Watch a documenté 57 incidents majeurs depuis le coup d’État de septembre 2022, révélant une stratégie de terreur généralisée.

  • Plus de 1 800 civils tués depuis 2023, dont des femmes et des enfants.
  • Des dizaines de milliers de déplacés forcés, victimes de nettoyages ethniques et de violences ininterrompues.
  • Des crimes de guerre et contre l’humanité commis par tous les camps, avec une impunité quasi totale.

Les responsabilités pointées du doigt

La junte militaire, dirigée par le président Ibrahim Traoré, est accusée de répression systématique contre les opposants politiques, les médias indépendants et les défenseurs des droits humains. Cette politique a créé un climat de peur, limitant drastiquement la circulation des informations sur le conflit.

Le GSIM, lié à Al-Qaïda, a également joué un rôle central dans l’escalade de la violence. Depuis 2016, ce groupe armé a mené une insurrection au Burkina Faso, tuant des civils, pillant des ressources et imposant un contrôle territorial par la terreur. Des attaques comme celle de Barsalogho en août 2024, où au moins 133 civils ont été massacrés, illustrent l’ampleur des exactions commises.

Ciblage des communautés peules : une tactique de nettoyage ethnique

L’armée burkinabè et ses milices alliées ont particulièrement visé les communautés peules, accusées de soutenir les groupes armés islamistes. Des massacres comme celui de Djibo en décembre 2023, où plus de 400 civils ont été tués, ou encore celui de Bassé en novembre 2023, où 13 civils peuls dont des femmes et des enfants ont été exécutés, révèlent une stratégie de nettoyage ethnique.

« Tous les cadavres étaient regroupés dans la cour, les yeux bandés et les mains liées derrière le dos… », a témoigné un survivant du massacre de Bassé. Ces récits glaçants soulignent l’horreur vécue par les populations civiles.

Impunité généralisée et appel à la justice

Malgré l’ampleur des crimes commis, les responsables bénéficient d’une impunité quasi totale. Les victimes et leurs familles n’ont ni confiance ni accès aux institutions judiciaires locales. Les autorités burkinabè refusent d’enquêter sérieusement sur les abus commis par l’armée et les milices, minimisant systématiquement les allégations.

Human Rights Watch a identifié plusieurs hauts responsables qui pourraient être tenus pour responsables, dont :

  • Ibrahim Traoré, président et commandant suprême des forces armées.
  • Six commandants militaires burkinabè, potentiellement responsables de crimes au titre de la responsabilité de commandement.
  • Iyad Ag Ghaly, chef du GSIM, déjà recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes présumés au Mali.
  • Quatre commandants du GSIM, également visés par des enquêtes potentielles.

Appel à l’action internationale

Face à cette situation, Human Rights Watch appelle les organismes régionaux et les gouvernements partenaires à agir. Les Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne et les États-Unis sont invités à :

  • Promouvoir la responsabilisation des auteurs de crimes.
  • Imposer des sanctions ciblées contre les commandants responsables.
  • Soutenir l’ouverture d’un examen préliminaire par le Bureau du Procureur de la CPI sur les crimes présumés commis depuis septembre 2022.

« Le monde doit reconnaître l’ampleur des atrocités qui se déroulent au Burkina Faso afin qu’il y soit mis un terme », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Les partenaires internationaux doivent collaborer avec les autorités burkinabè pour mettre fin à cette impunité et déterminer les responsabilités. »

Conclusion : l’urgence d’une réponse internationale

Le Burkina Faso traverse une crise humanitaire sans précédent, marquée par des crimes de guerre et contre l’humanité commis par tous les camps. L’impunité généralisée ne fait qu’aggraver la souffrance des populations civiles, déjà victimes de déplacements forcés, de famine et de maladies.

Sans une action internationale concertée, les cycles de violence et d’impunité risquent de se poursuivre, condamnant des générations entières à vivre dans la terreur. La communauté internationale a le devoir d’agir pour mettre fin à ces atrocités et rendre justice aux victimes.