Cameroun : un accord historique pour le corridor Edéa-Kribi-Lolabé-Campo

Une avancée majeure se profile pour l’économie camerounaise ce jeudi 4 juin à Yaoundé, où un mémorandum d’entente sera signé entre l’État, Africa Global Logistics (AGL) et Camalco, filiale locale de Canyon Resources. La cérémonie, prévue à l’hôtel Starland sous la présidence du ministre des Transports Jean Ernest Massena Ngallè Bibehe, marque un tournant dans la réalisation du corridor ferroviaire Edéa–Kribi–Lolabé–Campo. L’enjeu ? Connecter enfin le réseau ferroviaire national au port en eau profonde de Kribi et, à terme, faciliter l’exportation des flux miniers.

Un projet ferroviaire au service de la compétitivité nationale

Ce corridor n’est pas un simple projet d’infrastructure : il incarne une refonte stratégique de la chaîne logistique camerounaise, articulée autour du rail, des ports et des mines. Dès 2021, les autorités camerounaises avaient identifié deux tronçons prioritaires totalisant 291,5 kilomètres : Edéa–Kribi–Campo (184,5 km) et Douala–Limbé–Idénau (107 km). L’ajout de la liaison vers Lolabé, situé à proximité du port en eau profonde, renforce cette vision de désenclavement du Sud et de valorisation des corridors d’exportation.

Le futur partenariat public-privé englobera l’ensemble du cycle de vie du projet : études, financement, construction, exploitation et maintenance. Aucune décision d’investissement n’est encore actée, mais les discussions portent sur des paramètres clés comme le tracé exact, le phasage des travaux, le budget global, la durée de la concession et le calendrier de mise en service. Pour Yaoundé, l’objectif est clair : renforcer la compétitivité des corridors logistiques et désenclaver les régions du Sud. Pour AGL, déjà bien implanté dans la logistique portuaire et ferroviaire en Afrique centrale, ce projet consolidera sa position sur le transport des marchandises.

Kribi, futur cœur des exportations minières camerounaises

Le port de Kribi, seule infrastructure en eau profonde du Cameroun, représente un atout majeur pour le pays. Pourtant, ses capacités restent limitées par l’insuffisance de ses liaisons terrestres. Une liaison ferroviaire directe vers Edéa, Lolabé et Campo permettrait de lever ce goulot d’étranglement et de faciliter l’évacuation des flux miniers et industriels. Contrairement à Douala, contraint par les contraintes de l’estuaire du Wouri, Kribi pourrait absorber des volumes bien supérieurs, dans des conditions nautiques optimales.

L’implication de Camalco ajoute une dimension minière majeure au projet. La société porte le développement du gisement de bauxite de Minim Martap, dans l’Adamaoua, l’un des plus prometteurs au monde. Selon les estimations de Canyon Resources, les réserves prouvées s’élèvent à 144 millions de tonnes, avec une teneur moyenne de 51,2 % en alumine et 1,7 % en silice. Le potentiel total du gisement est évalué à 1,102 milliard de tonnes. Ces volumes colossaux nécessitent une infrastructure robuste, intégrant mine, voie ferrée, terminaux de stockage et navires minéraliers.

Camalco sécurise sa chaîne logistique avant le lancement du corridor

En attendant la finalisation du projet Edéa–Kribi–Lolabé–Campo, Camalco renforce ses capacités logistiques autour de Douala. La filiale a investi 9,852 milliards de FCFA pour porter sa participation dans Camrail, concessionnaire du réseau ferroviaire national, de 9,1 % à 26,9 %. Un complément de 347,447 millions de FCFA a été alloué à Terminal Bois du Port de Douala S.A. Les préparatifs incluent également la création d’une Inland Rail Facility et l’aménagement de terminaux portuaires. Les premières locomotives sont prévues pour fin 2026, suivies des wagons en juillet de la même année, avec une première expédition de bauxite programmée pour le troisième trimestre 2026.

Cependant, les contraintes nautiques de Douala entraînent des surcoûts pour les flux minéraliers massifs. Le corridor Edéa–Kribi–Lolabé–Campo offrirait une alternative directe vers un port en eau profonde, réduisant la dépendance au schéma actuel. Pour le Cameroun, ce projet combine désenclavement régional, valorisation des ressources naturelles et transformation de Kribi en un hub d’exportation majeur.

Plusieurs incertitudes subsistent : le coût global de l’investissement, la répartition des risques entre les partenaires, et les impacts fonciers et environnementaux du tracé. Ces éléments détermineront l’attractivité du projet auprès des investisseurs internationaux et la viabilité du modèle économique. La signature de ce mémorandum à Yaoundé relance néanmoins le corridor dans le calendrier des grands chantiers structurants du pays, esquissant une future architecture logistique intégrée.