Cameroun : prometal obtient un accès direct aux barrages hydroélectriques

Le gouvernement camerounais a pris une décision stratégique en faveur de Prometal, acteur majeur de la transformation de l’acier au Cameroun et en Afrique centrale. Désormais, ce groupe industriel pourra s’approvisionner directement auprès d’Électricité Developpement Corporation (EDC), l’entité publique gestionnaire des infrastructures hydroélectriques du pays. Une enveloppe de 90 mégawatts lui est ainsi réservée, sous réserve de la finalisation des accords lors des négociations prévues du 8 au 12 juin dans les locaux du Premier ministre à Yaoundé. Un courrier officiel, daté du 1er juin et signé par le secrétaire général du gouvernement Séraphin Magloire Fouda, a été adressé au ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, pour officialiser ce cadre opérationnel.

Un modèle énergétique innovant pour les industriels

Les discussions à venir porteront notamment sur la tarification préférentielle accordée à Prometal depuis février 2025, ainsi que sur la finalisation des deux conventions clés : un contrat d’achat d’électricité entre EDC et le sidérurgiste, et un accord de compensation entre EDC et la Société camerounaise d’électricité (Socadel), née de la restructuration d’Eneo. Une fois ces documents signés, Prometal rejoindra le cercle restreint des entreprises camerounaises alimentées en direct depuis les barrages, aux côtés de la Compagnie camerounaise de l’Aluminium (Alucam).

Ce dispositif s’inspire directement de l’expérience d’Alucam, référence en matière de consommation électrique au Cameroun. Ce dernier, dont la demande a pu atteindre jusqu’à 40 % de la production nationale, est raccordé au barrage d’Edéa. Les infrastructures d’Edéa et de Songloulou, désormais gérées par Socadel, alimentent ses activités. Prometal, quant à lui, bénéficiera de l’énergie produite par les ouvrages exploités par EDC, à savoir le barrage de Lom Pangar et son unité de 30 MW, ainsi que Memve’élé, dont la puissance maximale atteint 211 MW.

Une croissance industrielle exigeante en énergie

Cette avancée s’inscrit dans la dynamique de développement de Prometal, qui opère cinq sites industriels dans la zone de Douala-Bassa : Prometal 1, 2 et 3, Profab et Progaz. La consommation électrique du groupe a connu une progression fulgurante, passant de 26 MW en 2024 à 40 MW en 2025. Les projections pour 2026 et 2027 s’élèvent respectivement à 60 MW et 90 MW, notamment avec l’arrivée de Proalu, une nouvelle usine dédiée à la fabrication de tôles d’aluminium et de câbles électriques.

Pour un industriel de cette envergure, garantir un approvisionnement stable et maîtriser le coût de l’électricité sont des impératifs pour rester compétitif. Le réseau traditionnel camerounais, confronté à des déséquilibres récurrents entre production, transport et distribution, ne permettait plus de répondre à cette demande croissante sans compromettre la continuité des chaînes de production. L’accès direct aux barrages via EDC offre une solution pérenne, avec une tarification basée sur les droits d’eau, évitant ainsi les intermédiaires coûteux.

Un partenariat gagnant pour EDC et l’économie camerounaise

Pour EDC, ce contrat représente bien plus qu’une simple transaction commerciale. L’entreprise, dont le modèle repose sur la facturation des droits d’eau et le réinvestissement des recettes dans de nouveaux projets, voit dans cette collaboration avec Prometal une opportunité de renforcer sa trésorerie. Les retards de paiement de Socadel, son principal client historique, avaient en effet pesé sur ses finances. L’arrivée d’un partenaire solvable comme Prometal permet de relancer plusieurs chantiers en suspens : la centrale de Mbakaou (400 MW), le projet Memve’élé 2, et une future centrale solaire de 50 MW sur le site de Memve’élé.

Sur le plan financier, l’impact de Prometal sur le secteur électrique camerounais est significatif. Entre 2016 et 2025, le groupe a versé 42 milliards de FCFA à Eneo (devenu Socadel) et à la Société nationale de transport d’électricité (Sonatrel), soit une contribution annuelle moyenne de 4,2 milliards de FCFA. Le transfert de ces flux vers EDC pourrait rééquilibrer les forces en présence et accélérer la modernisation du segment patrimonial du secteur.