Cameroun : l’étrange silence autour du président Paul Biya

Cameroun : l’étrange silence autour du président Paul Biya

Le président camerounais Paul Biya n’a plus été aperçu en public depuis le 7 juin 2026. Une absence prolongée qui suscite des interrogations et alimente les spéculations. Selon le Cameroon Tribune, il aurait quitté le pays pour un court séjour privé en Europe. Pourtant, après plus de 50 jours d’absence, ni son lieu de résidence ni la date de son retour n’ont été officiellement communiqués. À 93 ans, cette situation inédite interroge sur la stabilité institutionnelle du Cameroun.

Le président camerounais Paul Biya prononce un discours en présence du pape Léon XIV (hors champ) au palais présidentiel de Yaoundé, lors du troisième jour d'un voyage apostolique de 11 jours en Afrique, le 15 avril 2026.

Cette absence prolongée et le mutisme des autorités alimentent les rumeurs et les inquiétudes. Plusieurs partis d’opposition évoquent sans détour une vacance du pouvoir, qualifiant la gestion actuelle de « pilotage automatique » ou de « télétravail ». Face à cette situation, une question s’impose : que prévoit la Constitution camerounaise en cas d’absence durable du chef de l’État ? Une telle situation peut-elle paralyser la gestion des dossiers stratégiques du pays ?

Une absence qui nourrit les spéculations

Depuis son départ annoncé pour l’Europe, Paul Biya n’a émis aucune déclaration publique, ni participé à un événement officiel. Les rares communiqués gouvernementaux se limitent à des déclarations laconiques sur son séjour privé, sans préciser ni sa localisation ni la durée exacte de son absence. À 93 ans, son âge avancé ajoute une dimension supplémentaire à l’inquiétude ambiante.

Les partis de l’opposition, comme le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) ou le Front social démocrate (SDF), multiplient les déclarations pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une dérive institutionnelle. Certains n’hésitent pas à parler de « vacance constitutionnelle », tandis que d’autres évoquent un « gouvernement fantôme » aux commandes, incapable de prendre des décisions majeures.

Que dit la Constitution camerounaise ?

La Constitution du Cameroun encadre strictement les situations d’absence ou d’empêchement du président de la République. En cas de vacance du pouvoir, plusieurs scénarios peuvent se présenter :

  • L’intérim par le président du Sénat : Si le président est empêché de manière temporaire, le président du Sénat assure l’intérim jusqu’à son retour ou son remplacement définitif.
  • La vacance définitive : En cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif, une élection présidentielle doit être organisée dans les 90 jours.
  • Le gouvernement en place : Le Premier ministre et le gouvernement continuent de gérer les affaires courantes, mais leur marge de manœuvre est réduite sur les dossiers stratégiques.

Cependant, dans le cas présent, aucune formalité constitutionnelle n’a été engagée. Le silence des institutions laisse planer un doute sur la capacité du gouvernement à assurer une transition fluide en cas de besoin.

Quels risques pour le Cameroun ?

Une absence prolongée du président peut créer des blocages institutionnels et affaiblir la crédibilité du Cameroun sur la scène internationale. Plusieurs enjeux majeurs attendent une réponse rapide :

  • La gestion de la crise anglophone : Le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest reste une priorité nationale, nécessitant une coordination étroite entre les différentes branches du pouvoir.
  • Les réformes économiques : Le Cameroun doit faire face à des défis économiques importants, notamment la dette publique et la diversification de son économie.
  • Les relations diplomatiques : Le Cameroun entretient des partenariats stratégiques avec plusieurs pays et organisations internationales. Une instabilité prolongée pourrait nuire à ces relations.

Sans leadership clair, les décisions risquent d’être retardées, voire prises de manière improvisée, ce qui pourrait aggraver les tensions internes et externes.

Une situation sans précédent

Cette absence record de Paul Biya dépasse de loin les précédentes périodes d’absence, comme celle de 2018 lors de son hospitalisation en Suisse. À l’époque, le gouvernement avait communiqué régulièrement sur son état de santé et ses déplacements. Aujourd’hui, le manque de transparence alimente les théories du complot et renforce l’instabilité politique.

Les Camerounais, habitués à un pouvoir centralisé autour de la figure présidentielle, s’interrogent sur l’avenir de leur pays. Une question revient sans cesse : « Qui gouverne réellement le Cameroun en ce moment ? »

Conclusion : vers une crise politique ?

L’absence prolongée de Paul Biya et le silence des autorités camerounaises créent un climat d’incertitude. Si la Constitution prévoit des mécanismes pour gérer une telle situation, leur application reste floue. Les partis d’opposition appellent à plus de transparence, tandis que la population s’interroge sur l’avenir de leur pays. Une chose est sûre : cette absence prolongée ne peut plus durer sans risquer de plonger le Cameroun dans une crise politique sans précédent.