Cameroun : le président Biya peut-il diriger à distance sans risque ?
Dans son éditorial diffusé le 20 juillet 2026 sur les ondes de la Radio Tiémeni Siantou, l’analyste politique Éric Boniface Tchouakeu interroge les implications du séjour prolongé du chef de l’État camerounais en Europe.
Un séjour prolongé qui interroge
Le président Paul Biya a quitté le Cameroun le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé » en Europe, selon le communiqué de son directeur de Cabinet, Samuel Mvondo Ayolo. Pourtant, après plus d’un mois et demi d’absence, cette escapade s’éternise, soulevant des questions sur son état de santé et les conséquences politiques de cette longue absence.
Le séjour, d’abord présenté comme temporaire, s’éternise au point que certains observateurs évoquent une possible vacance du pouvoir au Cameroun. Une hypothèse qui mérite d’être examinée à la lumière des dispositions constitutionnelles.
Ce que dit la constitution camerounaise
Contrairement à une idée reçue, la loi fondamentale camerounaise ne fixe aucune limite de durée pour les déplacements du chef de l’État à l’étranger. Ainsi, un séjour prolongé à l’étranger ne constitue pas en soi un motif de vacance du pouvoir.
La constitution camerounaise n’envisage cette situation que dans trois cas précis : le décès, la démission ou un empêchement définitif du président en exercice. Or, aucun texte ne définit clairement ce qu’il faut entendre par « empêchement définitif », laissant une marge d’interprétation importante.
Dans ce contexte, il est impossible d’affirmer que la vacance du pouvoir est avérée simplement parce que le président Biya séjourne en Suisse depuis plusieurs semaines. Rien dans la loi ne l’interdit, et le président pourrait même exercer ses fonctions à distance pendant toute la durée de son mandat sans enfreindre la légalité.
Les limites de la légalité face à l’éthique politique
Si la constitution ne s’y oppose pas, la morale politique et l’éthique publique posent question. Le Cameroun attend toujours la formation du gouvernement après l’élection présidentielle d’octobre 2025, ainsi que la nomination d’un vice-président, une réforme institutionnelle menée avec une célérité qui contraste avec les délais habituels.
Ce décalage entre la rapidité des réformes et la lenteur des décisions post-électorales alimente les spéculations sur les raisons de l’absence prolongée du président. Depuis plus de 40 ans au pouvoir, Paul Biya n’a jamais signé de décret important depuis l’étranger, ce qui renforce l’incompréhension face à cette situation inédite.
