L’avenir de la démocratie dans les pays de l’Alliance du Sahel
L’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Burkina Faso, du Mali et du Niger, traverse une phase politique complexe. Ces nations, dirigées par des juntes militaires depuis 2020, font face à des défis majeurs en matière de sécurité et de gouvernance. Mais que devient la démocratie dans ce contexte ?
Des juntes militaires au pouvoir
Le Mali, le Niger et le Burkina Faso forment l’AES, une alliance née d’une volonté commune de lutte contre le terrorisme et les groupes armés. Ces pays, couvrant une superficie de 2,8 millions de km², subissent une instabilité persistante depuis plusieurs années.
Les militaires au pouvoir justifient leur prise de contrôle par l’incapacité des gouvernements précédents à assurer la sécurité de leurs populations. Pourtant, la démocratie et l’état de droit, piliers essentiels du développement, semblent s’éloigner. Les citoyens s’interrogent : les juntes ont-elles vraiment l’intention de rétablir ces valeurs ?
Consultations nationales et remises en question
Au Mali, les consultations nationales organisées par la junte ont proposé des mesures radicales : dissolution des partis politiques et des associations à caractère politique, ainsi qu’une extension du mandat du général Assimi Goïta, promu président pour cinq ans renouvelables. Une décision qui interroge sur la légitimité de ce pouvoir, non issu d’élections démocratiques.
Cette situation se répète dans les autres pays de l’AES. Au Niger et au Burkina Faso, les consultations nationales ont été boycottées par les principaux partis politiques. Pourtant, la démocratie repose sur des contre-pouvoirs. Chaque nation doit trouver un modèle adapté à son histoire et à ses réalités sociopolitiques.
Vers une nouvelle identité politique ?
Dans le Sahel, des voix s’élèvent pour proposer un modèle politique distinct des structures néocoloniales. Les récents coups d’État reflètent cette quête d’autonomie et de souveraineté. Les juntes militaires de l’AES rejettent les conclusions des conférences nationales des années 1990, qui avaient instauré l’état de droit et l’alternance démocratique en Afrique.
Cependant, cette aspiration à l’indépendance se heurte à la réalité : les juntes instrumentalisent souvent l’opinion publique pour conserver le pouvoir. La démocratie passe alors au second plan, comme le souligne le professeur Soma Abdoulaye, de l’université de Ouagadougou. Pour lui, le problème réside moins dans les institutions que dans leur application par des dirigeants peu enclins à la démocratie.
Instrumentalisation de l’opinion publique
À Ouagadougou, Bamako et Niamey, le débat sur la démocratie occidentale est vif. Les juntes militaires utilisent souvent l’opinion publique pour légitimer leur pouvoir. Au Mali, par exemple, l’instabilité depuis 2012 a affaibli le processus démocratique, divisant la population.
Au Niger, le multipartisme des années 1990 avait suscité de l’espoir, mais les dysfonctionnements des institutions ont favorisé l’intervention de l’armée. Depuis le coup d’État contre le président Mohamed Bazoum, les Nigériens sont divisés sur la perception de la démocratie.
Réactions internationales et quête d’autonomie
La Cédéao et d’autres institutions internationales tentent de rétablir l’ordre démocratique par des sanctions. Cependant, ces mesures sont perçues par une partie des populations comme une ingérence occidentale. Les juntes de l’AES, qui ont quitté la Cédéao, défendent une lutte pour l’autonomie et la souveraineté.
Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la transition au Burkina Faso, a récemment déclaré qu’aucun pays ne s’est développé dans la démocratie. Une affirmation contestée par l’ex-ministre togolais de l’Intérieur, François Akila-Esso Boko, qui rappelle que les régimes dictatoriaux ont échoué à assurer le développement.
Le rôle des partis politiques
L’éducation des partis politiques est cruciale pour l’opposition. Jean Didier Boukongou, professeur de droit international à l’université catholique de l’Afrique centrale, souligne que les partis de l’opposition doivent renforcer leurs capacités pour faire face aux régimes en place.
Cas de la Guinée : une situation similaire
Hors de l’AES, la Guinée a également connu un coup d’État en 2021. La junte au pouvoir a interdit plus de 50 partis politiques, officiellement pour non-respect des critères d’évaluation. Un référendum constitutionnel est prévu pour septembre 2024, présenté comme une étape vers un retour à l’ordre constitutionnel. Pourtant, la répression de l’opposition et la restriction des libertés persistent.
