Manipulation médiatique au Mali : quand des comptes pro-AES détournent la mort d’un soldat

Entre le 4 et le 9 juillet, une bataille intense s’est déroulée à Anéfis, dans le nord du Mali. Les forces maliennes, appuyées par des éléments russes, affrontaient des groupes terroristes. Pourtant, dans l’ombre de ces combats, une campagne de désinformation a tenté de salir l’image de l’armée française, alors que celle-ci a quitté le territoire malien depuis août 2022. Des comptes pro-AES ont propagé l’idée qu’un soldat français aurait été tué aux côtés de rebelles du Front de libération de l’Azawad et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.

Le soldat français décédé lors d'un entrainement en France, le 7 Juillet, n'a rien à voir avec ce mercenaire russe tué au Mali en 2024.

Une infox lancée dans la confusion des combats

Dès la fin des affrontements à Anéfis, une première publication trompeuse a circulé sur X (ex-Twitter). Elle s’appuyait sur l’annonce officielle du décès d’un légionnaire français d’origine russe, le sergent Pena, mort accidentellement lors d’un exercice dans les Alpes le 7 juillet. Les comptes pro-AES ont immédiatement suggéré une autre hypothèse : « d’autres versions évoquent une possible mort à Anéfis ». Une tentative grossière pour semer le doute sur l’engagement français au Sahel.

Aucun soldat français n'a été tué à Anéfis, ces posts sont mensongers.

Un mercenaire russe usurpé pour tromper l’opinion

Le lendemain, une photo macabre a été partagée pour illustrer la prétendue mort du soldat français. On y voyait un militaire blanc étendu dans le sable, ressemblant étrangement au portrait officiel du sergent Pena diffusé par l’armée française. Les manipulateurs ont exploité l’origine russe du légionnaire et cette ressemblance physique pour créer la confusion. Pourtant, après vérification auprès d’experts du Sahel, cette image provenait en réalité de la bataille de Tinzaouatène, survenue deux ans plus tôt. Une recherche inversée a permis de retrouver la même photo, mais de meilleure qualité, identifiant cette fois l’homme comme un mercenaire russe.

Capture des posts officiels consécutifs à la mort du Sergent Pena.

Cette image, impossible à vérifier de manière indépendante, provenait d’un forum anonyme où circulent des contenus non sourcés. Les spécialistes du Sahel interrogés ont confirmé qu’il s’agissait bien d’une photo d’archives des combats de Tinzaouatène en 2024, où des mercenaires de Wagner avaient trouvé la mort.

Nous avons cherché à retrouver l'image de l'homme en tenue militaire qui apparait dans les posts de propagande. Nous avons changé l'orientation de l'image et son visage a été flouté par la suite.

Des vidéos d’archives pour étayer la manipulation

L’analyse d’une vidéo de propagande de six minutes, publiée en 2025 par le Front de libération de l’Azawad à l’occasion du premier anniversaire de la bataille de Tinzaouatène, a révélé une scène identique. Les corps des mercenaires russes y apparaissent, avec des détails concordants : disposition des dépouilles, camouflage des treillis, forme des visages et coupe de cheveux. Cette vidéo, bien que floue, confirme que les images utilisées dans l’infox provenaient bien de ce conflit de 2024.

Ce document mis en ligne par l'un des mouvements armés du Nord du Mali, montre les soldats russes tués en 2024 dans le secteur de Tinzaouatène
L'analyse de la disposition des corps, de la position de la main, et des traits du visage permet de retrouver la scène dont l'image trompeuse a été extraite.

Cette infox repose donc sur une image sortie de son contexte : il s’agit d’une photo d’archives montrant des mercenaires de Wagner tués à Tinzaouatène en 2024, et non d’un soldat français prétendument décédé à Anéfis en 2026.

Une manipulation qui n’a pas fait long feu

Le récit accusant les militaires français de complicité avec les terroristes n’est pas nouveau. Cependant, cette tentative de manipulation a rapidement montré ses limites. Circonscrite aux comptes habituels de propagande sahélienne, elle n’a pas été reprise massivement. Les internautes ont d’ailleurs été nombreux à dénoncer cette désinformation. Un signe que ce narratif, répété depuis quatre ans, commence à perdre de sa crédibilité.

Les mêmes comptes ont diffusé par la suite de fausses informations sur de prétendus prisonniers français. Il s'agit encore d'images d'archives.

Selon nos estimations, cette publication n’a pas dépassé les 50 000 vues sur X. Pourtant, elle constitue une usurpation d’identité particulièrement grave : elle exploite l’image d’un soldat français décédé dans l’exercice de ses fonctions pour servir une cause politique. Une atteinte inacceptable à la mémoire de ce militaire.