Une vidéo de propagande diffusée par l’EIS
Le 2 février, l’État islamique au Sahel a intensifié sa communication en publiant une vidéo qui aurait été tournée pendant l’assaut. Les images, portant le sceau de l’agence AMAQ, dépeignent des dizaines de combattants armés, dont certains à moto, progressant au sein de la zone militaire aéroportuaire.
On y observe les assaillants se dirigeant vers des hangars, déclenchant des tirs et provoquant des incendies. La vidéo montre des dégâts sur deux petits avions et un hélicoptère, des équipements qui font partie de l’arsenal aérien de l’armée nigérienne pour la lutte anti-djihadiste. Des clichés satellites pris après l’attaque corroborent ces faits, montrant des zones calcinées près de la piste.
La séquence se poursuit ensuite dans la partie civile de l’aéroport. Les combattants y filment des appareils commerciaux de compagnies comme Asky et Air Côte d’Ivoire, stationnés sur le tarmac. Les autorités du Niger avaient déjà admis des dommages sur trois avions civils, tandis que le ministère de la Défense avait fait état de « matériel endommagé, dont un stock de munitions qui a pris feu », sans fournir plus de détails.
Niamey, nouvelle frontière djihadiste
Bien que le Niger soit en proie depuis une décennie aux violences du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda, et de l’EIS dans l’ouest et le sud-est, les attaques visant directement la capitale demeurent exceptionnelles. Toutefois, quelques jours avant cet assaut, le JNIM avait revendiqué la destruction d’un véhicule militaire à l’est de Niamey, signe d’une pression grandissante sur le pouvoir central.
Cette intensification de la menace djihadiste s’inscrit dans un contexte de refonte majeure des alliances sécuritaires du régime militaire nigérien. Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, Niamey a renforcé ses liens avec Moscou tout en se détournant de plusieurs de ses partenaires occidentaux. Après le retrait forcé des troupes françaises fin 2023, les États-Unis ont également retiré la majorité de leur contingent en 2024, bien que des canaux diplomatiques restent ouverts.
Accusations tous azimuts et crispations diplomatiques
Dans une allocution virulente, le général Tiani a pointé du doigt la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire, les accusant d’avoir « sponsorisé » l’attaque. Ces allégations ont été immédiatement réfutées par Abidjan et Cotonou. La Côte d’Ivoire a d’ailleurs convoqué l’ambassadrice du Niger pour protester contre des propos jugés « graves » et nuisibles aux relations bilatérales.
Il est à noter que près de 300 militaires italiens de la Mission italienne de soutien au Niger (MISIN) sont stationnés sur le site. Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a affirmé que ses troupes « n’avaient été impliquées d’aucune manière » dans les affrontements, soulignant que leur sécurité était la priorité absolue.
Un site ultrasensible
Au-delà de son importance symbolique, l’aéroport de Niamey représente un nœud stratégique majeur. Il abrite une base aérienne, le quartier général de la force conjointe du Niger, du Mali et du Burkina Faso, et un important stock de concentré d’uranium. Ce stock, objet d’un différend avec le groupe français Orano, pourrait être transféré à la Russie, bien que Niamey n’ait pas encore statué sur la logistique de ce transfert.
Malgré l’attaque, le trafic aérien a repris ses droits dès le jour suivant, et la vie dans les quartiers environnants a vite retrouvé une apparence de normalité. Cependant, cet événement marque un tournant décisif. En frappant le centre névralgique, logistique et militaire de la capitale, l’EIS a prouvé sa capacité de nuisance. Parallèlement, l’implication russe confirme le basculement de la politique de sécurité au Sahel du Niger, au risque d’exacerber les tensions régionales existantes.
