
« j’ai remporté un match à Wembley, mais surtout, j’ai été le premier à le faire » : guillaume warmuz raconte la victoire historique de lens face à arsenal en ligue des champions 1999
Le 25 novembre 1998, sous les projecteurs de l’emblématique stade londonien, l’équipe de lens, dirigée par daniel leclercq, entre dans la légende en s’imposant face à arsenal. guillaume warmuz, alors gardien des sang et or, partage les coulisses de cette soirée inoubliable.
la récompense d’un titre de champion de France
Dès notre arrivée à l’hôtel, en plein cœur de Londres, nous avons basculé dans l’ambiance britannique. l’idée était claire : profiter de ce moment unique, affronter arsenal à Wembley en ligue des champions, sans pression, sans craindre les conséquences. ce match représentait la consécration de notre titre de champion de France, il fallait en savourer chaque instant. notre objectif ? donner le meilleur de nous-mêmes, sans complexe, et marquer l’histoire.

La veille du match, daniel leclercq, surnommé « le druide », nous a conseillé de nous concentrer sur notre préparation sans nous laisser submerger par l’ampleur de l’événement. après l’entraînement, personne ne voulait quitter la pelouse. l’impression que tout se déroulait à la perfection était déjà là. quand notre bus a approché de Wembley, une évidence s’est imposée : cet endroit, ce stade mythique, allait écrire une page du football, et c’était magnifique.
le plan de jeu : une stratégie audacieuse
« pas de plan anti-anelka ou overmars »
Notre approche était simple : aller chercher arsenal chez eux, transformer ce match en un combat. leclercq nous a lancé : « jouez votre jeu, le reste n’a pas d’importance ». pas de tactique spécifique contre anelka ou overmars, malgré leur vitesse et leur technique redoutables. nous avons opté pour une défense en zone, une agressivité constante et une capacité à monter rapidement pour contrer leurs attaques.

Habituellement alignés avec trois défenseurs centraux, nous sommes passés à quatre pour jouer plus haut. frédéric déhu et cyrille magnier formaient la charnière, avec déhu couvrant une large zone grâce à son sens de l’anticipation. devant eux, alex nyarko restait positionné axialement, tandis que les milieux rool et debève se projetaient vers l’avant. notre dispositif ? couper l’équipe en deux : cinq joueurs en bloc offensif et cinq en bloc défensif, formant un 4-3-1-2 flexible.
Vladimir smicer occupait le rôle de meneur de jeu derrière nos deux attaquants, tony vairelles et pascal nouma, évoluant en tant qu’électrons libres. leur mission ? perturber la défense d’arsenal et créer des espaces.
la première période : un duel intense
« nous leur menons une guerre sur chaque ballon »
Dès les premières minutes, nous avons joué très haut, presque sur la ligne médiane. mais rapidement, nous avons frôlé l’ouverture du score. après trois minutes, un centre arrive de notre gauche : wreh, seul face au but, contrôle mal la balle et manque sa frappe. j’ai senti la pression monter, c’était du sérieux.

Ma sortie décisive sur overmars à la 6e minute a marqué un tournant. j’ai anticipé sa course, récupéré le ballon et me suis retrouvé à quelques mètres du rond central, côté droit. nous dominions le jeu, nos attaquants prenaient de la profondeur, et smicer a même frappé le premier but de la rencontre. arsenal avait des occasions, mais nous aussi.
À la 31e minute, anelka a failli marquer après une percée dans le dos de nos défenseurs. j’ai dû sortir en urgence. il m’a vu, a poussé le ballon à toute vitesse. j’ai compris que si je tentais de jouer le ballon, j’étais perdu. alors j’ai anticipé son crochet, comme un défenseur, et je lui ai subtilisé le ballon dans les pieds. un geste chanceux, car s’il avait poussé plus loin, c’en était fini.
la mi-temps : des ajustements tactiques
« dans le vestiaire, arsenal se fait recadrer »
Nous quittions le terrain à 0-0, sereins et satisfaits. leclercq nous a demandé de resserrer les lignes, car nous étions parfois trop espacés, surtout lors de nos transitions rapides. ces phases d’accordéon permettaient à anelka et d’autres de s’infiltrer. il a aussi effectué quelques ajustements tactiques individuels, mais rien de révolutionnaire. globalement, il nous a confirmé que nous jouions le match comme il le fallait et qu’il ne restait plus qu’à le faire basculer. malgré notre énergie déployée, personne ne semblait fatigué. au contraire, tous étaient survoltés. en quittant le vestiaire, nous sentions qu’il y avait quelque chose à faire. plus tard, j’ai appris qu’arsène wenger avait passé un savon à ses joueurs : ils étaient piqués au vif.
la seconde période : l’explosion offensive
« nos supporters ne s’arrêtent plus de chanter »
Dès la reprise, arsenal a intensifié son pressing sur notre côté droit, là où overmars évoluait. mais notre meilleure occasion est venue à la 52e minute. après un centre rasant de smicer, le ballon est arrivé sur nouma, à deux mètres cinquante du but. sa frappe est partie bien trop haut. c’était la meilleure chance du match, et quand je l’ai vue finir au-dessus de la cage, j’ai senti un pincement au cœur.

Pascal nouma est resté combatif malgré cette occasion manquée. avec smicer et vairelles, ils ont harcelé le back four vieillissant d’arsenal, qui s’attendait à un match plus tranquille. physiquement, ils étaient épuisés. vers la 65e minute, sur une offensive d’overmars, parlour a tiré la première frappe cadrée des Gunners. la balle est arrivée au ras du sol, et j’ai réussi à la capter rapidement.
C’est dans la foulée de cette action qu’est venu notre but (73e minute). après une perte de balle, tony vairelles a récupéré le ballon de manière agressive, l’a transmis à wagneau éloi (entré en jeu à la 61e), qui a servi smicer. et là, tout s’est enchaîné…

Éloi, parti s’excentrer côté gauche à l’entrée de la surface, a provoqué, feinté, et envoyé une sorte de centre-tir au ras du sol, entre le gardien et les défenseurs. la balle est passée sous leurs nez, et debève, qui avait suivi au second poteau (à la limite du hors-jeu), n’a plus eu qu’à conclure. la joie était collective, mais sobre. il restait vingt-cinq minutes, nous étions à Wembley, ce n’était pas le moment de perdre la tête.

À partir de ce but, arsenal est devenu encore plus agressif. leurs réflexes de « bad boys » anglais ont pris le dessus, ils voulaient nous dominer physiquement. l’ambiance était électrique, nos supporters ne cessaient de chanter. nous étions survoltés, eux balançaient des longs ballons sans relâche. la dernière occasion dangereuse est venue à la 89e minute : overmars s’est retrouvé seul face à moi, pleine surface. j’ai avancé vers lui, il a tenté de me lobber mais a raté son geste. j’ai capté le ballon.
J’étais en hypervigilance totale. ce match, je le considère comme le meilleur de ma carrière. pas de faute technique, pas de perte de concentration, pas de but encaissé. quand l’arbitre a sifflé la fin, la joie était indescriptible. c’était le plus beau moment de nos vies de joueurs.
Nous avions réalisé l’impensable : personne avant nous n’avait gagné à Wembley en ligue des champions. ce stade mythique, où arsenal jouait temporairement ses matchs européens, allait rester dans l’histoire comme le théâtre de notre exploit. et nous, les lensois, avions marqué notre nom dans les annales du football français.
l’image qui reste : solitude dans un stade géant
« tout seul dans wembley »
Je suis rentré au vestiaire, j’ai pris mon temps sous la douche. tout le monde est parti. je suis resté seul pour savourer encore ce moment. puis je suis ressorti. c’était comme dans un film : les projecteurs s’éteignaient un à un, il ne restait que les petites lumières des tribunes. un peu de brouillard, et moi, tout seul dans Wembley.

J’ai pris mon sac, je me suis installé au premier rang, sur les strapontins. j’ai savouré au moins dix minutes, c’était irréel. je me suis dit : « pour un gars de blanzy, c’est pas mal du tout. » puis j’ai pris un moment pour remercier dieu : « merci. non seulement j’ai gagné à Wembley, mais en plus, j’ai été le premier à le faire. merci. »
