Le seuil est franchi, et il est difficile à contourner. Trois ans après l’arrivée du contingent paramilitaire russe au Mali — d’abord identifié sous la bannière Wagner, aujourd’hui opérant sous le label Africa Corps —, le bilan humain s’élève à 358 militaires tués. Un décompte établi à partir de données compilées par des observateurs indépendants, des organismes de suivi des conflits et des informations sécuritaires recoupées. Dans les faits, ce chiffre vient contredire l’argument central du discours officiel : celui d’une reconquête sécuritaire rapide et maîtrisée.
Un bilan plus lourd que neuf ans et demi d’opérations françaises
La comparaison coupe le souffle. Sur l’ensemble du Sahel, l’armée française a perdu 59 militaires en près de neuf ans et demi d’engagement, de Serval à Barkhane, entre 2013 et 2022. Le partenaire russe déplore donc, en trois ans seulement et sur le seul territoire malien, plus du double de pertes humaines. Un ratio d’attrition sans équivalent dans l’histoire militaire récente de la région.
Tinzawatène, Sévaré, Dioura : la chronologie d’une escalade
Juillet 2024, le premier choc
L’embuscade de Tinzawatène avait déjà marqué les esprits : plus de 80 combattants russes y avaient péri aux côtés des forces armées maliennes. Un épisode qui, sur le moment, avait été présenté comme un accident isolé.
Les assauts coordonnés du centre et du nord
La suite a démenti cette lecture. Les attaques d’envergure menées ces dernières semaines contre les garnisons du centre et du nord du pays ont achevé d’alourdir le bilan. Les installations stratégiques de Sévaré et les positions avancées de Dioura ont encaissé des revers sévères, infligés au dispositif conjoint FAMA / Africa Corps. En face, les groupes armés exploitaient une connaissance intime du terrain et disposaient de moyens tactiques modernes, notamment des drones de reconnaissance et de frappe. Résultat : une usure profonde et coûteuse pour les troupes russes.
Deux doctrines, deux façons de mourir
L’écart entre les pertes françaises et russes ne relève pas du hasard. Il découle de choix opérationnels opposés :
- Opérations Serval et Barkhane (2013-2022) : environ 59 militaires tués sur près de neuf ans et demi, avec un appui aérien systématique, du renseignement technologique et une doctrine d’évitement du contact rapproché.
- Africa Corps et Wagner (à partir de fin 2021) : environ 358 combattants tués en trois ans au Mali, avec des hommes projetés au sol en première ligne, lors d’opérations de ratissage à haut risque dans des zones fortement minées et jalonnées d’embuscades à l’engin explosif improvisé.
Ce que ce coût change pour la junte et pour Moscou
À la facture humaine s’ajoute une facture financière estimée à plusieurs centaines de milliards de FCFA. L’efficacité du modèle de sécurité importé de Moscou devient dès lors difficile à défendre. Dans les casernes comme dans la population, les questions se multiplient sur la pérennité d’une telle stratégie. La transition militaire avait promis une pacification rapide du territoire ; l’envolée des pertes enregistrées au sein du partenaire clé raconte autre chose. Elle illustre l’enlisement d’une guerre d’usure complexe, dont le prix humain ne cesse de grimper.
