Tabaski à Bamako sous la menace des groupes armés au Mali
Alpha Amadou Kané, un Bamakois d’origine Mopti, n’a jamais vécu une Tabaski aussi particulière. Ce sexagénaire, installé dans la capitale depuis trois décennies, a toujours fêté cette célébration musulmane en famille, dans sa ville natale. Mais en 2026, les routes du Mali sont devenues un terrain miné.
Depuis fin avril, les groupes armés affiliés à Al-Qaïda imposent un blocus partiel sur les axes routiers menant à Bamako. Des dizaines de véhicules de transport de passagers et de marchandises ont été incendiés, poussant les compagnies à suspendre leurs dessertes vers la capitale. Résultat : des milliers de Malien·ne·s, comme Wara Bagayoko, renoncent à rejoindre leur village pour la fête.
Au Mali, la Tabaski n’est pas qu’une affaire de foi. C’est un moment social, un prétexte pour réunir des familles séparées par l’exil économique ou les conflits. Pourtant, cette année, les gares routières de Bamako affichent un calme inhabituel. Le manque de carburant et la peur des attaques ont eu raison des déplacements traditionnels.
« En temps normal, nous transportons plus de 50 000 personnes par semaine vers l’intérieur du pays pour la Tabaski. Cette année, nous ne prévoyons aucun voyage », confie, sous couvert d’anonymat, un responsable d’une importante compagnie de transport. Les pertes sont colossales : des bus détruits, des contrats annulés, et des revenus engloutis.
Un bétail introuvable et hors de prix
La crise ne se limite pas aux voyageurs. La filière du bétail, cruciale pour le sacrifice rituel, est asphyxiée. Les éleveurs peinent à acheminer leurs troupeaux vers Bamako, où se concentre l’essentiel des ventes.
- Coût du transport multiplié par six : passer de 4 à 27 euros pour acheminer un mouton depuis les zones pastorales.
- Rareté des bêtes : des centaines de camions de moutons incendiés, réduisant l’offre disponible.
- Prix explosifs : un bélier à 457 euros contre 114 euros habituellement.
« Avant, on avait le choix entre plusieurs moutons. Cette année, impossible de trouver un animal adapté à mon budget », se désole Iyi, un client en quête désespérée d’un bélier.
Les commerçants comme Hama Ba, vendeur à Bamako, confirment : « D’habitude, j’avais plus de 1 000 têtes en stock. Aujourd’hui, il n’en reste aucune. »
Électricité et eau en berne pour la fête
La capitale malienne subit aussi une crise énergétique sans précédent. Les délestages électriques sont devenus quotidiens, aggravés par les pénuries de carburant. Les couturiers, qui préparent les « Selifini » (tenues de fête), peinent à honorer les commandes : « Un panneau solaire ne remplace pas le courant », explique Alou Diallo, l’un d’eux.
Les ménages s’inquiètent aussi de la conservation des aliments. « Comment conserver la viande sans électricité ? Acheter un mouton à ce prix pour risquer de le perdre en 24 heures est un cauchemar », confie une mère de famille du quartier de Sirakoro.
Face à l’urgence, les autorités maliennes ont annoncé l’arrivée de centaines de camions-citernes de carburant à Bamako. Une bonne nouvelle, mais qui ne suffira pas à combler les retards accumulés.
