Comment le JNIM redessine la carte sécuritaire du Mali
Au Mali, la menace armée ne se limite plus à des attaques ponctuelles. Depuis plusieurs mois, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA) ont adopté une stratégie de guerre prolongée, ciblant délibérément les axes routiers, les convois militaires et les infrastructures essentielles. Cette approche ne vise pas seulement à conquérir des territoires, mais à asphyxier progressivement l’État malien en rendant certaines zones ingouvernables.
Une guerre d’usure pour affaiblir l’État malien
Les attaques répétées contre les routes et les postes militaires traduisent une stratégie d’épuisement. Le JNIM mise sur la fragmentation des espaces ruraux plutôt que sur des batailles frontales. En multipliant les embuscades et en perturbant les déplacements, les groupes armés augmentent les coûts sécuritaires pour Bamako tout en sapant la légitimité de la junte militaire.
Cette logique repose sur un constat simple : dans un pays déjà fragilisé par des années de crise, l’insécurité permanente peut produire plus d’effets politiques qu’une victoire militaire classique. Les populations locales, privées de services publics, se tournent alors vers des systèmes parallèles, renforçant l’emprise des groupes armés sur les territoires oubliés par l’État.
Le paradoxe d’une souveraineté revendiquée
Le régime malien a fait de la restauration sécuritaire une priorité, notamment après le départ des forces étrangères et le renforcement des partenariats avec des acteurs comme le groupe Wagner. Pourtant, cette militarisation intensive ne suffit pas à rétablir une présence étatique durable. Les écoles, les centres de santé et les administrations restent absents dans de nombreuses zones, laissant le champ libre aux groupes djihadistes pour s’imposer comme des acteurs incontournables.
La souveraineté ne se mesure pas uniquement à la capacité de mener des opérations militaires, mais à celle de maintenir une continuité territoriale et administrative. Or, le Mali peine encore à concilier sécurité et développement, creusant ainsi les fractures qui alimentent l’insurrection.
Le Sahel : un théâtre de recompositions régionales
La crise malienne dépasse les frontières nationales. La porosité des espaces entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger permet aux groupes armés de circuler librement, tandis que les réponses étatiques restent cloisonnées. Malgré la création d’alliances comme l’Alliance des États du Sahel, les États peinent à coordonner leurs actions, laissant le JNIM exploiter ces faiblesses structurelles.
Le groupe djihadiste mise sur deux atouts majeurs : son ancrage local dans certaines communautés et son insertion dans des réseaux économiques informels. Cela lui permet d’imposer un coût sécuritaire élevé aux États, sans nécessairement contrôler durablement les territoires traversés.
Au-delà du militaire : les racines sociales du conflit
Réduire cette crise à une simple confrontation entre forces de sécurité et groupes armés serait une erreur. Les frustrations locales – abandon étatique, conflits fonciers, pauvreté – nourrissent un terreau fertile pour les mouvements djihadistes. Ces derniers savent exploiter ces vulnérabilités, même s’ils ne les créent pas toujours.
Le défi pour Bamako n’est donc pas seulement militaire, mais politique et social. Comment reconstruire une légitimité étatique dans des régions où l’État n’apparaît plus que sous la forme d’un déploiement militaire éphémère ? La réponse déterminera l’avenir du Mali bien plus qu’une victoire ou une défaite sur le champ de bataille.
Car une guerre d’usure ne détruit pas seulement des positions. Elle érode les routes, les économies, les administrations et, in fine, l’idée même d’un territoire gouverné. Le Mali se trouve aujourd’hui à un carrefour où la résilience des institutions pourrait être plus décisive que la puissance des armes.
