Shanda Tonme analyse la crise camerounaise : une gouvernance sous haute tension

Shanda Tonme : « jamais un chef d’État n’a été confronté à une telle situation inextricable »

Dans un entretien exclusif, Shanda Tonme, Médiateur Universel et Président de la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (COMICODI), ainsi que du Mouvement Populaire pour le Dialogue et la Réconciliation (MPDR), dresse un constat sans appel sur la gouvernance au Cameroun. Selon lui, la crise actuelle dépasse largement les simples enjeux politiques pour toucher aux fondements mêmes de la Nation.

Une crise existentielle pour le Cameroun

Shanda Tonme souligne l’absence totale de neutralité dans la scène politique actuelle. « Il n’y a ni village ni tribu ni clan ni ami dans cette logique. Il n’y a que le Cameroun, et il n’y aura que le Cameroun pour l’éternité », déclare-t-il avec fermeté. Pour lui, la situation actuelle exige une refonte profonde des institutions et une épuration des pratiques corruptrices qui minent le pays depuis des décennies.

Selon lui, « il n’y a pas, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de citoyens intouchables ». Le gouvernement, les hautes sphères de l’État et les réseaux d’influence doivent être soumis à un nettoyage rigoureux pour répondre aux attentes légitimes de la population. La question centrale reste : faut-il se contenter d’un simple replâtrage avec des acteurs controversés, ou faut-il opérer une transformation radicale vers des institutions fortes et des dirigeants intègres ?

Paul Biya face à l’impensable : une gouvernance sous pression

Shanda Tonme rappelle que le Président Paul Biya, malgré sa longévité exceptionnelle au pouvoir, n’est pas l’unique responsable des maux du Cameroun. « Il a fait preuve d’une persévérance, d’une écoute et d’une tolérance remarquables face aux trahisons et aux dérives de ses proches collaborateurs sur plus de quarante ans », explique-t-il.

Cependant, la situation actuelle, marquée par des scandales répétés et une défiance croissante, place le Chef de l’État devant un dilemme sans précédent. Comment agir sans risquer de plonger le pays dans le chaos ? La patience et la stratégie à long terme semblent être les seules options viables. « Le temps fera les choses, et le temps nous dira à quoi nous en tenir », affirme-t-il.

Il met en garde contre les solutions précipitées, comme le remplacement brutal des acteurs politiques, qui pourraient aggraver les tensions internes. « Comment sauter dans le vide sans se brûler, dans un panier de crabes venimeux ? », interroge-t-il, soulignant l’ampleur des défis à relever.

Les réseaux toxiques et l’urgence d’un nettoyage

Shanda Tonme dénonce l’influence néfaste des réseaux d’influence et des trafics qui ont affaibli le Cameroun. « Il n’y aura ni intouchables ni immortels parmi ceux qui ont profité de cette opacité », martèle-t-il. La colère du Président, ses déceptions et sa détermination à redresser la barre sont compréhensibles face à l’ampleur des dégâts.

Il insiste sur le fait que le destin du Cameroun et celui des prochaines générations sont en jeu. La Nation ne peut se permettre des compromis avec des forces qui la sapent de l’intérieur. La patience, bien que difficile à accepter, reste la clé pour éviter des erreurs irréversibles.

Un appel à la lucidité et à l’unité nationale

Pour Shanda Tonme, les Camerounais doivent accepter que le temps d’une Nation ne presse jamais. Une construction positive passe par des sacrifices et des patiences soutenues, presque impensables dans l’immédiateté. « Rira bien qui rira le dernier », conclut-il, rappelant que le sort du Cameroun dépendra de la capacité de ses dirigeants à tourner la page des pratiques du passé.

Ce message s’adresse à tous les acteurs politiques, économiques et sociaux : le Cameroun ne peut se permettre de répéter les erreurs qui l’ont conduit dans cette impasse. Une refonte en profondeur est indispensable pour bâtir un avenir stable et prospère.