rdc : l’opposition affiche une mobilisation en demi-teinte, mais son message au pouvoir est clair
À l’attention de l’administration Tshisekedi :
Le 3 juin dernier, Kinshasa a vécu une journée de « ville morte » qui n’a pas atteint son objectif initial. Les rues de la capitale n’ont pas été totalement paralysées, et dans les provinces, la mobilisation de l’opposition est restée limitée. Les marchés ont rouvert, les transports ont repris, et l’État a tenu bon. Pourtant, cette apparente absence de succès ne doit pas tromper. Derrière cette hésitation, un message silencieux a été transmis : celui d’un peuple qui s’exprime sans fracas, mais avec une détermination croissante.
Les regards baissés, les discussions à voix basse, les commerces à moitié fermés… Ce n’était pas un manque d’adhésion, mais une expression subtile d’un mécontentement profond. Un peuple qui, depuis des années, attend des réponses concrètes à ses revendications. Ce même peuple qui, lors de la remise des cadeaux aux joueurs de l’équipe nationale de football, a lancé un cri unanime : « Où est notre part ? » Pas par jalousie sportive, mais parce que des millions de Congolais voient leurs rêves s’éloigner jour après jour.
La promesse de six millions d’emplois, brandie comme un symbole d’espoir dans chaque quartier – de Matete à Mont-Ngafula, en passant par Bandal et Masina – reste aujourd’hui lettre morte. Sept ans plus tard, les jeunes Congolais comptent les jours sans perspective. Ils ne demandent pas l’aumône. Ils réclament ce qui leur a été promis. Ce n’est pas une question de patience, mais de justice.
L’histoire de la RDC nous rappelle une vérité immuable : un pouvoir ne survit que s’il répond aux aspirations de son peuple. Lumumba n’a jamais trahi le Congo ; c’est le peuple qui a été trahi après lui. Mobutu a pu se maintenir en achetant le silence, mais cette époque est révolue. Les Kinois d’aujourd’hui ne se contentent plus de promesses. Leur hésitation est un avertissement, un rappel que la patience a des limites.
L’opposition, elle, n’a pas su capitaliser sur ce mécontentement. Pas par manque de colère dans la rue, mais en raison d’un déficit de crédibilité. Les Congolais ont perçu les arrière-pensées derrière ses manœuvres. Les liens supposés avec des figures étrangères ont été rejetés avec véhémence. Le peuple congolais refuse toute ingérence et choisit ses combats. Il n’accepte pas qu’on instrumentalise sa colère pour servir des intérêts qui ne sont pas les siens.
Ce message doit être entendu dans toute sa force. Le peuple ne cherche pas le chaos. Il demande une gouvernance à son écoute, une action qui touche aux points les plus sensibles : l’emploi des jeunes, la justice sociale, la transparence de l’État, et la réduction des inégalités. Chaque défaillance dans la gestion publique devient une arme pour l’opposition à la première occasion. Il est temps de priver ses détracteurs de tout argument.
À l’heure où les discussions sur une réforme constitutionnelle s’intensifient, le peuple attend un geste fort. Monsieur le Président de la République, il est temps de nommer un gouvernement différent. Pas un gouvernement de routine, mais un gouvernement de combat. Un gouvernement qui porte les réformes constitutionnelles comme un outil au service du peuple, et non l’inverse. Ceux qui ont la confiance du Chef de l’État depuis 2018 doivent prouver leur engagement. Le Congo ne supplie pas. Il rappelle. Et quand il rappelle, les palais doivent écouter.
